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Sur scène, de larges linges blancs pendent à des fils. Dans les hauts-parleurs, un couple discute : « Sommes-nous prêts à adopter deux enfants d’un coup ? » « Sommes-nous prêts à adopter un enfant d’une autre “race“ ? » « Sommes-nous prêts à adopter un enfant à problèmes ? » Les parents de Dimitri Doré, comédien et auteur de la pièce, ont rempli des formulaires de ce type dans les années 1990 avant de l’accueillir dans leur petit pavillon à Reims. Depuis, le temps a passé, Dimitri a grandi et avec lui bien des questions sur ses origines lettones. Pour raconter son parcours de reconnexion avec le pays balte, le jeune performeur a trouvé un collaborateur de choix : le metteur en scène Jonathan Capdevielle, pilier de la scène contemporaine française, dont les premières mises en scène sont des cas d’école d’autofiction. 

 

De Dimitri, le duo a réuni les rêves, les archives familiales, des échanges téléphoniques et quelques souvenirs clefs. Partant de ces matériaux du réel, les artistes ont conçu des scènes où l’imaginaire se débride et les époques se superposent. Oleg par exemple, viking errant – Dimitri Doré avec une barbe postiche –, cherche un refuge. Un soir, il pénètre la maison familiale et réclame qu’on lui porte attention. Symbole de la quête identitaire de l’auteur, le grand barbu se métamorphose en chanteur puis acrobate au cerceau, rêve d’enfance de Dimitri. Narration fragmentée, mise en scène onirique : Dainas remplit par la fiction les trous d’un parcours d’exil. Si la plupart des scènes sont encore à l’état d’ébauche, certaines touchent au cœur. Car, exception faite de l’autrice Amandine Gay, les voix sont rares pour lever ce tabou : l’adoption transnationale et l’acculturation génèrent de la souffrance. 

 

Et c’est celle-ci qui irrigue Dainas, récit d’aventures d’un jeune homme à la recherche d’un ancrage culturel. Sa quête, ambigüe, oscille entre onirisme et fétichisme, entre la découverte d’un folklore et son exotisation. Les costumes fantasques de viking, d’acrobate ou d’assistante sociale lettone sont remarquables pour cette raison : ils existent dans un entre-deux polysémique, un espace de rêve assumé. Mais l’ambiguïté qui sert esthétiquement la pièce provoque un malaise sur le fond. Suffit-il pour reconnecter avec son pays d’origine de lire ses contes populaires – les fameuses « daïnas » – ou de visiter sa capitale comme l’ont fait certains auteurs diasporiques, prisonniers de leur nostalgie, fétichistes d’un pays qu’ils n’ont jamais connus ? Si Dainas tente bien quelques prises de recul, la pièce gagnerait sans doute à assumer davantage son ironie. Rire : n’est-ce pas notre seule arme pour faire face à la fatalité ? 

 



DAINAS de Jonathan Capdevielle & Dimitri Doré a été présenté du 24 au 28 septembre à l’Arsenic, Lausanne

 

⇢ du 6 au 17 novembre au Théâtre de Gennevilliers

⇢ du 21 au 24 janvier 2026 à la Maison Saint‑Gervais, Genève (CH)
⇢ du 31 mars au 2 avril 2026 au Nouveau Théâtre Besançon, Centre Dramatique National
⇢ les 8 et 9 avril 2026 au Quai, Centre Dramatique National, Angers
⇢ les 29 et 30 avril 2026 à GRRRANIT, scène nationale de Belfort
 du 9 au 13 juin 2026 à la Maison des métallos, Paris

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