Juin pointe à peine le bout de son nez que le thermostat affiche déjà des pointes à 31 degrés. Sous le chapiteau du festival Le Mans fait son cirque, éventails de fortune et brumisateurs sont de sortie. Chacun sa méthode pour faire face à la canicule, et celle d’Éric Longequel a le mérite d’être efficace : le jongleur ne se déplace plus sans sa piscine miniature. Masque de plongée sur la tête, il fait face à une cuve hexagonale de 2 mètres par 2 mètres, autour de laquelle sont disposés des gradins. Doucement, le circassien retire son peignoir, dévoilant une tenue de lin blanche ainsi que des lests autour du cou et des bras. L’acrobate attrape le haut de la cuve et plonge dans le grand bain.
Immergé sous l’eau, le nageur fait face à deux problèmes : une gravité qui agit autrement qu’à la surface et pas d’air pour respirer. Pas pratique pour un jongleur. Composant avec ces deux contraintes, Éric Longequel imagine une nouvelle manière d’exercer son agrès. Cassettes VHS, bouteilles en plastique et ballons de baudruche ont remplacé les habituelles balles et massues. Équipé de petits ciseaux, le circassien fabrique en direct son matériel de fortune, qu’il manipule ensuite en provoquant des courants par la force de ses mains ou en soufflant l’air de ses poumons. Des bouts de bande magnétique noués à un ballon imitent le mouvement d’une pieuvre, et des bouteilles auxquelles on a découpé des sortes d’ailerons virevoltent dans la cuve, semblables à des torpilles miniatures. Pendant une quarantaine de minutes, Éric Longequel enchaîne les séances DIY et les démonstrations à travers des numéros d’une grande simplicité. Volontairement décomplexé, Dans ma piscine interroge avec légèreté notre rapport au spectaculaire.
Dans cette cuve, l’horloge fonctionne différemment. Les mouvements du circassien comme ceux des objets qui l’entourent semblent au ralenti. La mise en scène – très sobre, pas d’effets de lumière, ni d’effets sonores si ce n’est une douce mélodie – participe à ce sentiment de tranquillité. Tout au long du spectacle, Éric Longequel est porté par une volonté précise, celle d’imaginer une autre façon de jongler, sous l’eau. On retrouvait déjà cette monomanie dans le précédent spectacle de la compagnie, Biographie(s), dans lequel Neta Oren et Pierre Laloge imaginaient un dialogue entre jonglage et parole. Sans émettre de critique contre des productions portées par plus d’ambition, de diversité ou de complexité, Dans ma piscine prône la possibilité d’un autre rapport au spectaculaire – ce qui fait déjà du bien.
Dans ma piscine de la Compagnie Ea Eo a été présenté les 23 et 24 mai dans le cadre du festival Le Mans fait son cirque au Plongeoir, Le Mans
⇢ les 30 et 31 mai dans le cadre du festival Onze Bouge, Paris
⇢ les 6 et 7 juin dans le cadre du festival Parade(s), Nanterre
⇢ les 13 et 14 juin dans le cadre du festival Les Embarqués, Louvier
⇢ les 3 et 4 juillet dans le cadre du festival Les Zaccros d'ma rue, Nevers
⇢ du 6 au 8 août dans le cadre du festival Fest'arts, Libourne
⇢ les 19 et 20 septembre aux Subs, Lyon
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