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Ils sont déjà là, plantés bien droit devant nous ou sagement assis un peu plus loin, comme des enfants sur les bancs d’une cour de récré. Dans leur costume sans âge – mi-médiéval, mi-futuriste –, baignés dans une lumière sans fard qui embrasse tout autant les gradins, ils nous attendent. Sans fard : on aurait dit sans artifice si l’éclairage n’était pas précisément travaillé pour saper le rapport de pouvoir qui peut exister entre la scène et la salle.


Ils, sont cinq : un piano préparé et quatre interprètes, tout aussi prêts à nous raconter le grand amour de Dante, sa rencontre avec Béatrice, la passion – toujours rêvée, jamais réalisée –, la perte de l’être cher, le voyage entrepris pour retrouver sa muse par et dans la poésie. À l’image d’un arpentage, cette technique de lecture collective issue de la culture ouvrière, les protagonistes prennent le relai de la narration. Toujours à la première personne, ils incarnent qui les entrailles, qui le cœur, qui l’esprit du poète, avant que ces distinctions ne fassent plus vraiment de sens, esquissent quelques pas de danse ou se postent tour à tour aux côtés de l’instrument de musique au tempérament bien à lui pour, en guise de sonnet, reprendre les chansons d’amour les plus populaires de la pop culture. De Whitney Houston ou de Britney Spears, qui serait, au XXe siècle, la meilleure résurrection de l’auteur florentin ? La question ne sera pas tranchée. Mais au terme de la promenade courtoise et mystique de la Vita Nuova, après avoir traversé les neufs cercles de l’Enfer et gravi les neufs gradins du Purgatoire de la Divine Comédie, vous pourrez vous aussi effleurer de vos doigts la promesse d’un renouveau, ici, maintenant et sans effusions sentimentales. 


Raconter, chanter, danser : la pièce de Christopher Rüping paraîtrait presque simple. C’est sans compter le soin apporté à chaque détail, et la qualité de l’adresse, si finement sculptée qu’il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour la nommer. Bien ancrés dans le premier degré de la passion amoureuse, les cinq acolytes ne cessent de le décaler légèrement, ici d’un sourire, là d’un regard, un peu plus loin d’une colère presque enfantine, en switchant soudainement de l’allemand à l’anglais pour marquer une distance, ou encore, pour le piano, en en faisant qu’à sa tête. Les rires fusent, mais ce n’est pas de l’ironie qui se joue, plutôt quelque chose de l’ordre de la tendresse. Comme si, pour faire traverser le temps à la Vita Nuova, aux mystères existentiels de l’amour, de la perte et des regrets que ce recueil charrie, ils avaient pris la précaution aimante de l’entourer d’une couette molletonnée qui, inéluctablement finit par nous envelopper à notre tour dans un immense câlin final.


> Das neue Leben (unplugged) de Christopher Rüping, premières françaises les 13 et 14 octobre au Maillon, scène européenne de Strasbourg