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En même temps s’ouvre sur un discours déroutant, dont on comprend vite qu’il est ironique. En empilant des généralités, un interprète sur son trente-et-un rappelle la nécessité de voir la danse comme un « art fédérateur », le seul qui, sans discours, par une simple exécution du corps, rassemblerait. Quelques rires francs confirment le sarcasme de cette entrée en matière, qui donne le ton de cette nouvelle création d’Olivia Grandville pour neuf danseur·euses.


Pour illustrer l’aliénation qu’induisent les mouvements de masse, la chorégraphe convoque plusieurs vocabulaires. Celui de la natation synchronisée d’abord, puis celui, plus évident, de la marche militaire. Dans les enceintes, un métronome, des percussions et des décomptes donnent le pas. Regards rivés vers le public, les interprètes sont tout à la fois : sportifs, soldats, joueurs de rugby, chiens ou gymnastes. Pour dire le conditionnement des foules, le spectacle intègre aussi, naturellement, des gestes pop, en particulier les chorés virales qui pullulent sur TikTok.


Les mouvements d’En même temps semblent induire une contrainte des corps. La chorégraphie s’impose, verticale, sur les danseur·euses. Les expressions faciales grotesques et les costumes loufoques – shorts de sport, débardeur blanc, bonnet et lunettes de bain, parka flashy au motif enfantin –, contrastent avec le ton autoritaire du spectacle. Le large fond blanc, comme une table rase, se déplace et laisse voir l’agitation des coulisses – ce qui se passe « en même temps » que le spectacle. 


Un changement de costumes annonce la seconde partie. Collant sur la tête, les visages se figent dans des grimaces, l’humour vire à l’absurde. Après l’acmé, les corps s’amoncellent sur le bas-côté pour laisser place à la diffusion d’un montage d’archives. Cette séquence inscrit la pièce dans une chronologie des mouvements de groupe et nous ramène à la gestion industrielle des corps – élevage, armée. Par analogie, la pièce met en cause une tendance – le retour d’une culture de l’unisson sur nos scènes – et questionne ces « chorégraphies de groupe ». Peut-on échapper au motif de l’unité et donc de l’harmonie ? Comment imaginer des ensembles non-traditionnels ? Quel est le sens politique de ce désir de cohérence et de dissolution dans le groupe ? 


Pour tracer une troisième voie, Grandville guide sa chorégraphie avec une grande précision : ici, l’effet de masse existe mais laisse place à des individualités mises à nu. Chaque danseur devient le spectateur de son propre corps et de ceux de ses camarades. Un retour vers soi et une conscience de l’autre qui poussent à repenser nos manières d’agir, politiquement ou socialement : à échelle individuelle ou en communauté ? 



En même temps d’Olivia Grandville a été présenté les 27 et 28 juin dans le cadre du Festival de Marseille à la Criée


⇢ les 6 et 7 octobre au Lieu Unique, Nantes

⇢ du 13 au 15 octobre au tnba, Bordeaux

⇢ les 9 et 10 novembre au Cndc, Angers

⇢ du 18 au 20 novembre dans le cadre de plan d à la MC93, Bobigny

⇢ les 1er et 2 décembre à la Coursive, La Rochelle

⇢ les 13 et 14 janvier 2027 à Bonlieu, Annecy


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