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Les rayons du soleil traversent les fenêtres et illuminent des corps en plein effort. Quatre danseur·euses rejouent en boucle la même séquence : les pieds rebondissent sur le sol par ricochet, les mains transpercent l’air, agrippent un objet imaginaire, le ramènent comme un trésor à protéger. Dans un coin de la salle, Edouard Hue commente, suggère et rectifie, sous les yeux d’une quinzaine de spectateurs. Il est 11 heures du matin et cette troupe pour le moins éclectique s’est réunie dans une des toutes nouvelles salles de répétition de Concorde à Vernier. À l’occasion du week-end d’ouverture du lieu, les répétitions d’Avant la nuit / L’Oiseau de feu, qui seront présentées à l’automne, ont été ouvertes au public. Briser les frontières entre artistes et spectateurs, désacraliser l’acte de créer, rendre visible le processus de réflexion qui précède une œuvre : voilà ce qui se déroulait ce matin-là dans le centre culturel qui vient de voir le jour à Genève.

 



© Audrey Croisier




Et l’équipement ne passera pas inaperçu : deux salles de spectacle, six studios de danse, douze de musique, un studio d’enregistrement, un hôtel, un restaurant, une bibliothèque municipale, des logements sociaux et étudiants répartis sur 27 000 mètres carrés. Concorde est un immense paquebot qui a élu domicile en plein milieu du quartier de la Châtelaine à Vernier. Par la fenêtre, on aperçoit un bout de la Cité du Lignon, un des plus longs bâtiments résidentiels d’Europe. Cet immense serpent de béton qui s’étend sur un kilomètre de long est un rappel historique du pic démographique que connaît la région à la fin des années 1950. Depuis, les barres d’immeubles ont poussé comme des champignons sur cette zone de pâturage. Plusieurs projets d’urbanisme ont émergé dans le but de dynamiser la ville. Codirigé par Eve-Anouk Jebejian et Frédéric Steinbrüchel, Concorde est l’un d’eux. En ce week-end d’ouverture, une trentaine de spectacles et ateliers étaient proposés, tout en gratuité. 4 000 personnes y ont répondu présentes. À l’image de la programmation de saison déployée par le lieu, le « doublage improvisé » d’Alliance Créative côtoyait aussi bien les performances colorées et participatives du Collectif Ouinch-Ouinch que les chorégraphies organiques de la danseuse Marthe Krummenacher et les acrobaties aériennes des circassien·nes du Collectif XY.

 



© Audrey Croisier




Un étage plus bas, celleux-ci ont investi le hall d’entrée du bâtiment pour un nouvel épisode de leur série de performances in situ intitulées Voyages. Avec leur douceur caractéristique, les performeur·euses zigzaguent entre les visiteur·euses. Portée à l’horizontale par quelques compagnons, une femme survole un groupe assis au sol, pose un pied devant l’autre sous le regard ébahi de la salle. Près d’elle, une autre traverse la foule en marchant sur les mains que le groupe lui tend. Hypnotisé, le public suit ces êtres aériens jusque dans la grande salle. L’acrobatique et le spectaculaire, le Collectif XY sait faire. Pourtant, c’est autre chose que viennent chercher les circassien·nes ce soir-là. Par groupe de trois ou quatre, les artistes invitent le public à participer à l’expérience, à se laisser, à son tour, porter puis soulever dans les airs – en d’autres termes, à offrir sa confiance aveugle à un inconnu. Quelque chose de magique se produit alors, comme une brèche dans cet édifice de béton. Les frontières se brisent, de nouveaux liens se créent et avec eux, une infinité de possibles sur le point d’émerger. 

 

 

Le week-end d’ouverture de Concorde espace culturel a eu lieu du 25 au 27 septembre à Vernier (Suisse)


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