La question peut sembler provocante : qu’ont en commun une pièce de danse et une formation militaire ? Du langage, déjà : les costumes des interprètes sont des « uniformes » et les déplacements de groupe sont ceux d’une « armée ». Puis la musique et les lumières : un beat métronomique nous ramène instantanément aux pas d’un escadron, des stroboscopes à des armes à feu. Pas étonnant donc que ces motifs aient rejoint de longue date les topoï de la danse contemporaine. Dans sa nouvelle création à l’intitulé tonitruant – F*cking Future –, le chorégraphe portugais Marco da Silva Ferreira propose sa propre lecture de cette sémiotique militaire ainsi qu’une manière de s’en affranchir.
Neuf interprètes évoluent sur une dalle en miroir au centre d’un plateau en quadri-frontal. Iels portent le même pantalon de vinyle sombre et un top en cotte de maille. Sur un beat électro, leurs mouvements glissent du sensuel à l’agressif. D’une seconde à l’autre, leurs déhanchements miment un combat au corps ou une scène de clubbing. Et c’est sur la frontière entre ces deux univers que travaille le spectacle, comme si une même pulsion animait ces deux registres de gestes et pouvait déboucher tantôt sur de la violence ou du plaisir. F*cking Future se pose sur ce point de bascule : de la caresse à l’attaque, de la danse à la self-défense, de la domination à l’émancipation – et inversement. Mais contrairement à ses pièces précédentes, le chorégraphe ne suit ici aucune narration. Le spectacle oscille entre ces différents états, sans réel point de départ ni d’arrivée.
On connaît de Marco da Silva Ferreira son esthétique léchée, ses chorégraphies au cordeau, et cette pièce pour neuf interprètes n’y fait pas exception. Or ici, quelque chose grince entre son goût du glamour et sa thématique quasi guerrière. Dans le tableau final, un laser balaye la scène sur laquelle gisent les corps inertes des danseur·euses tandis que les enceintes crachent de la techno. Sommes-nous face à une vision trop esthétisante de la barbarie qui frappe actuellement des civils de Gaza jusqu’à Kyiv ? Impossible de ne pas en douter. À l’arrivée, en dépit d’une réelle maîtrise scénique, F*cking Future paraît déconnecté de la réalité qu’il entend adresser si frontalement.
F*cking Future de Marco da Silva Ferreira a été présenté du 18 au 20 septembre dans le cadre de la Biennale de la Danse aux Grandes Locos, Lyon
⇢ les 20 et 21 novembre au Tandem, Douai
⇢ les 25 et 26 novembre dans le cadre du Festival NEXT à La Condition Publique, Roubaix
⇢ les 12 et 13 décembre dans le cadre de la Biennale de la danse à Charleroi (Belgique)
⇢ du 27 au 30 mai à Chaillot, Paris
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