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Short noir, veste fluo de survêtement, un entraîneur de football motive ses troupes à la mi-temps. Le vocabulaire est technique et le ton viril. Jusqu’ici, rien ne détonne. Mais notre regard serait-il le même si le locuteur portait, au choix : une robe de magistrat, un treillis militaire ou un blouse de médecin ? Une simple cravate provoquerait-elle un biais cognitif ? On le sait : le vêtement dit beaucoup sur celui qui le porte. Chez la metteuse en scène Bérangère Vantusso, celui-ci endosse tous les rôles : accessoire performatif, révélateur identitaire, marqueur social ou produit de surconsommation. Pour en découdre, cinq comédiens et une musicienne enfilent ensembles et costumes jusqu’à l’usure. Alors : l’habit fait-il le moine, une bonne fois pour toutes ?


Au centre de la scène trône une structure en arc de cercle depuis laquelle pendent des tringles cachées dans des enveloppes de tissu beiges. Chacune d’elles abrite un vêtement dévoilé au fil de la pièce, qui donnera le ton d'une suite de saynètes – dont certaines sont chorégraphiées par Thomas Lebrun. La logistique rigoureuse et le rythme effréné qu'induit cette scénographie ne subit aucune fausse note. Tout comme l’interprétation des comédiens, marquée par beaucoup d’humour. Un ton léger, mais par instants un peu étrange : que veut-on nous dire qui n’a pas déjà été dit ? 


Au bord du plateau, un comédien récite La Distinction de Bourdieu. Derrière lui, le reste de la troupe s’agite, fouille le dressing à la recherche d’une tenue pour l’orateur. Ils l’habillent tantôt en riche bourgeoise, tailleur Chanel rose pâle et collier de perles, tantôt en jeune représentant de la classe populaire, survêtement de sport et sacoche. Comment dépasser le simple constat et la citation ? Ce que la pièce révèle, peut-être malgré elle, c’est que jouer au caméléon, s’essayer à différents rôles sociaux n’est réservé qu'aux classes privilégiées. Alors oui, le vêtement est politique et reflète notre statut social, comme une seconde peau, indécollable. 




Faire le Beau de Bérangère Vantusso a été présenté du 4 au 15 novembre au Théâtre Olympia, Tours 


⇢ du 12 au 20 mars au Théâtre Public de Montreuil 

⇢ du 8 au 10 avril à la Comédie de Béthune

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