De l’acoustique à l’électronique : quatre jours durant, la Philharmonie s’ouvre aux musiques actuelles les plus innovantes. Nouveau temps fort dans la programmation de l’institution parisienne, le festival Explore favorise les croisements et les collaborations affranchies des figures imposées, misant sur la création collective. La légendaire Laurie Anderson s’y produira notamment avec Republic of Love, un récital de textes et de chansons en réaction à la dérive politique des États-Unis. Accompagnée par l’ensemble orchestral Sexmob, l’artiste new-yorkaise y clamera des textes signés Gertrude Stein, Bob Dylan, John Cale ou Lou Reed, célébrant une liberté aujourd’hui mise en péril face à un autoritarisme croissant.
Mise à l’honneur lors de deux soirées consécutives, la productrice italienne Caterina Barbieri à la faveur d’une création de commande interprétée par l’ONCEIM, puis d’un live où scintilleront ses arpèges de synthétiseur. On pourra également y entendre un ensemble de percussions mené tambour battant par l’Ensemble O qui interprétera des créations instrumentales de Mica Levi, Tristan Perich et Claire Rousay. Des créations qui ont en commun d’être inspirées de la pièce électronique Drums de Laurie Spiegel, pionnière de la musique expérimentale des années 1970.
Folklores du futur
Au Musée de la Musique, on aura aussi loisir de s’immerger dans le grand pédiluve new age de Mary Lattimore et Julianna Barwick où les boucles synthétiques viennent se fondre dans des chants éthérés et des arpèges de harpe féériques à la lisière du kitsch. Elles seront précédées d’un autre duo électro-acoustique, composé de Yann Gourdon à la vielle à roue et de Wassim Halal aux percussions pour un set improvisé.
Ensemble 0 © Antoine PoursuibeLoin des formules toutes faites, le collectif tunisien Economat – un laboratoire artistique situé à Redeyef, ville minière du sud-ouest de la Tunisie – joindra quant à lui ses forces avec l’inclassable groupe français Bégayer lors d’un concert-performance. Instruments faits maison, luth et cornemuse croiseront gasba et begena, entre psalmodies hypnotiques et emballements bruitistes. Ils seront rejoints sur scène par la danseuse Soledad Zarka qui traduira gestuellement ce « folklore du futur ».
Côté musique contemporaine, l’ensemble Dedalus interprétera des pièces de Pauline Oliveros, Julius Eastman et Tom Johnson, trois compositeurs cruciaux de l’avant-garde américaine du XXe siècle. Tandis que l’ONCEIM et le collectif COAX se joindront à cent musiciens amateurs pour une performance unique à la Fondation Fiminco à Romainville. De quoi redonner foi en la musica humana et se ressourcer en cette période de disette culturelle.
Le festival Explore, du 10 au 13 avril à la Philharmonie, Paris et à la Fondation Fiminco, Romainville
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