CHARGEMENT...

spinner

Dans un registre littéraire, hourvari désigne le « chaos ». Il y a de cela dans la dernière création de Marie Molliens, construite sur une fragmentation narrative et un désordre visuel. Paradoxalement, en contexte de chasse à courre, hourvari désigne aussi une bruyante sonnerie pour rappeler les chiens égarés. Il y a aussi de cela. Créer sa propre tempête afin de retrouver le bout du tunnel : c’est le programme rempli d’oxymores que s’est fixée la circassienne. Hourvari est une épreuve du feu imposée à la compagnie, comme une mise à jour nécessaire, pour se rappeler d’où l’on vient mais surtout où l’on va.

 

Au milieu d’un chapiteau, une troupe d’interprètes tente d’élaborer un spectacle. Des musiciens jouent en bord de scène, des agents de sécurité observent, et sous l'œil attentif de Marie Molliens, les numéros s’enchaînent : acrobaties, hula-hoop, funambule, bascule et jeux de lanières. À mesure que le show avance, le chaos prend le dessus. Soudain, les marionnettes de Pinocchio se rebellent, un guignol use de sa mauvaise influence et un clown fait preuve d’un fort autoritarisme. Hourvari est une pièce-hommage au cirque tradi, ses agrès, son humour, ses personnages historiques et ses topoï. Une célébration que Marie Molliens offre également à sa compagnie, cofondée par sa mère, d’ailleurs présente sur scène. Plus qu’une célébration, la pièce interroge cet héritage. Après 35 ans, le cirque old school de la compagnie Rasposo peut-il se faire l’écho de la société contemporaine ? Le public d’aujourd’hui rit-il toujours des mêmes choses ? Le grotesque d’alors est-il toujours aussi grinçant de nos jours ? Comment avancer sans renier la lourde tradition d’une discipline séculaire ? 

 

Sur scène, trois étranges pantins accrochés au plafond incarnent ce dilemme. Au fil de la pièce, ils traversent plusieurs phases de mal-être, passent de la folie à l’inertie. À chaque fois, Molliens les rafistole à l’aide d’une pompe à oxygène sur roulettes. Joues roses et chapeau pointu, ces figures classiques trouvent une pertinence toute contemporaine, reflet des maux d’aujourd’hui. Victimes de notre soif de divertissement, elles sont condamnées à suivre les commandes de la circassienne, insensible à leur burn-out.  Des pantins écrasés par le système capitaliste ou bien des spectres de la tradition, usés jusqu’à la corde, réclamant un peu de répit. Hourvari se trouve précisément à cet instant de bascule où la compagnie affirme sa volonté d’un nouveau cycle, en compagnie de nouveaux acolytes. Les enfants et les agents de sécurité par exemple, invités sur scène au milieu du casting, incarnent ce tournant. À la fin du spectacle, ces derniers finissent même par envoyer Guignol valser dans les airs. 

 

 


Hourvari de Marie Molliens et la Compagnie Rasposo a été présenté du 12 au 21 septembre dans le cadre du festival Village de Cirque, Paris 

 

⇢ du 19 au 21 octobre dans la cadre du festival Circa, Auch

⇢ du 27 au 29 octobre dans le cadre du festival Theater Op de Markt à Neerpelt (Belgique)

⇢ du 7 au 11 novembre à l’Azimut, Antony

⇢ du 16 au 18 janvier 2026 au Carré Magique, Lannion

⇢ du 23 au 29 janvier dans le cadre du festival Circo Nova au Théâtre de Cornouaille, Quimper

⇢ du 4 au 6 février au Carré, Château-Gontier-sur-Mayenne 

⇢ du 13 au 15 février dans le cadre du festival Les Élancées au Théâtre de l’Olivier, Istres

⇢ du 20 au 22 mars à Latitude 50, Marchin (Belgique)

⇢ du 27 au 29 mars dans le cadre du Up Festival à Bruxelles (Belgique)

⇢ du 10 au 12 avril au Prato, Lille

⇢ du 16 au 19 avril dans le cadre du MAD Festival, Anvers (Belgique)

⇢ du 21 au 23 mai dans le cadre du festival Br’ain de cirque au Théâtre de Bourg-en-Bresse

 

Lire aussi

    Chargement...