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Mum et Dad pourraient vous vendre n’importe quoi. Crème, tenue de yoga, nourriture pour enfant ou porte-bébé. Sur leurs réseaux sociaux, le quotidien de leurs filles, Phoeb et Ruby, est une succession de mises en scène. L’identité familiale est un label et chaque geste se prête à un placement de produit. En un mot : tout est faux. C’est dans ce monde d’influence, de filtres floutés et de codes promo que nous propulse Influent Mum d'Asja Nadjar. Sur scène : un canapé et une pile de cartons matérialisent un logis devenu salon de tournage. Il suffit d’un mouvement de tête de la mère pour que la lumière se tamise et qu’une musique de fond s'active : l'InstaLive est lancé.

 

Dans Anouk (2018), Asja Nadjar incarnait une femme de 112 ans, le dos voûté en proie à la solitude. Dans Oh mère (2023), la metteuse en scène tissait un conte autour d’une matriarche cruelle au physique difforme. L'artiste a posé ses thèmes : l’entre-soi familial, le monstrueux qui sommeille en nous et le grotesque contemporain, esthétisé à outrance. C’est à nouveau le carburant d’Influent Mum. Ses personnages s’expriment dans une langue incompréhensible, un yaourt oral coupé à l'anglais. C'est le langage, froid et factice, du capitalisme et des faux-semblants, qui occupe tout l’espace mais ne raconte rien. Les corps traduisent cette absurdité à leur manière : les oreilles, les dents, le nez sont augmentés par de grandes prothèses. Cette allure bouffonne reflète l’aliénation qui plane sur ce foyer devenu entreprise. En sous-terrain, louvoient le mal-être incontestable des enfants, la frustration du père et le besoin de contrôle de la mère.  

 

Les choses se gâtent lors de la livraison d’un mystérieux colis. À l’intérieur : un être poilu aux traits humanoïdes flanqué d’une queue et d’un nez tombant. Son intrusion provoque effroi et dégoût dans le foyer qui tente de s’en débarrasser, sans succès. L’intrus squatte dans le salon, amorphe, mâchouille quelques câbles et s’occupe avec des bouts de carton. Cet agent étranger vient peu à peu détraquer la machine, réveillant les malaises, les fantasmes et les pulsions des membres de la famille. Dans cet espace aménagé pour la performance de soi, les masques tombent. Et s’il était possible de ne pas travailler ? Et si l’oisiveté était désirable ? Comme un cheval de Troie, le monstre provoque une remise en cause. Il incarne ce que la famille a appris à haïr : un être apathique qui échappe au productivisme, aux idéaux physiques, en somme une créature laide et contemplative. Loin de succomber au désespoir, chez Asja Nadjar, cet événement est l’occasion d’un rebattement des cartes, d’une redistribution du pouvoir. À l’aide d’un humour qui vise juste, la metteuse en scène nous rappelle une chose essentielle : malgré l'accaparement de nos intimités par le capitalisme numérique, nous restons des êtres de désirs, de rêves et de violence, capables de nous libérer à chaque instant. 

 


Influent Mum d’Asja Nadjar a été présenté du 18 au 22 septembre au Studio-Théâtre de Vitry, Vitry-sur-Seine


⇢ les 27 et 28 novembre dans le cadre du festival Supernova au Théâtre Sorano, Toulouse

⇢ le 14 janvier 2027 au Théâtre de l'étoile du nord, Paris

⇢ du 19 au 30 janvier au Théâtre Public de Montreuil 

⇢ du 16 au 18 février au Théâtre Olympia, Tours


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