Des gazouillis d’oiseaux, une brise, le bruissement des feuilles : dans l’obscurité de la salle, quelques sons nous parviennent. D’abord tout à fait identifiables, les bruits se superposent progressivement, se mêlent jusqu’à former un bourdonnement aux accents mécaniques. Dans ce brouhaha, une forme anonyme se dévoile au centre du plateau, baignée d'un halo de lumière. C’est un corps replié sur lui-même, qui s’éveille lentement. Sur les pourtours de la scène, une deuxième ombre s’anime. Elle s’approche et s’éloigne, sans perturber la première. C’est au cœur de cette pénombre, un espace où l’on devine plus qu’on ne voit, lieu de toutes les interprétations, que Nacera Belaza met en scène sa rencontre avec la comédienne Valérie Dréville.
Sur scène, pour différencier les deux ombres, la couleur argentée des cheveux de Valérie Dréville sert de repère. Toutes deux habillées de noir, les interprètes suivent la même chorégraphie lente et aérienne, ponctuée de quelques virevoltes. Si les gestes de la danseuse Nacera Belaza sont plus assurés, ils s’adaptent au rythme moins soutenu de la comédienne. Elles occupent le plateau à tour de rôle, assurent une présence continue mais se croisent peu. Si bien que, petit à petit, la distinction entre les deux femmes se brouille. La forme qu’elles génèrent sur le plateau devient une troisième entité, une incarnation physique de leur lien.
Avec L’Écho, Nacera Belaza fait bien plus que creuser le sillon ludique de l’obscurité sur scène. Elle invoque, par la mise en scène, une esthétique des ombres et des marges, de tous ces lieux hors projecteurs, loin de l’attention médiatique, culturelle et politique. Cette fois, le duo convoque le grand sujet de l’amitié féminine : un mode de relation que la société a pour habitude de reléguer au dernier plan. Dans la lignée du militantisme féministe et lesbien, Nacera Belaza en fait un refuge, un espace pour affûter ses armes et rassembler ses forces, sous les radars. En plissant les yeux pour mieux voir, le spectateur se trouve obligé de porter une grande attention aux nuances de cette relation féminine naissante, comme un pied de nez à tous les récits qui en font des intrigues secondaires.
L’Écho de Nacera Belaza, jusqu’au 11 octobre dans le cadre du Festival d’Automne à la MC93, Bobigny
⇢ les 14 et 15 octobre dans le cadre de la Biennale de danse de Charleroi à La Raffinerie, Bruxelles (Belgique)
⇢ les 24 et 25 octobre à deSingel, Anvers (Belgique)
⇢ le 6 novembre au Théâtre de Corbeil-Essonnes
⇢ du 10 au 13 février 2026 au Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse)
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