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La scène est vaste, mise en beauté par un grand rideau rose satiné et des cintres à l’avant-scène. Iels sont déjà là, comme impatient·es de jouer leur partition : huit comédien·nes recruté·es par le dispositif Talents Adami, tous·tes autour de la vingtaine, le regard affamé de public. Sans surprise, tout part d’un désir d’être vu·e, d’être aimé·e, d’être mis·e sur un piédestal. Théâtre et vie amoureuse, même combat ? Ainsi va le premier monologue de Lack, chorale de soliloques orchestrée par Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix. Rupture de ton, passage de bâton, une autre comédienne expose avec hargne le fonctionnement neurobiologique à l’origine des sentiments. Et ainsi de suite. Deux heures durant, l’amour sous toutes ses formes nous embarque dans un bal viscéral : une cherche le Saint Graal en multipliant les plans culs ; un autre, harcelé à l’école, s’interroge sur ces violentes « preuves d’affection » ; une autre encore réalise amèrement que son ambition a déstabilisé les vues patriarcales de son compagnon. Des fragments de témoignages anonymes, truffés d’excuses, de névroses, de manipulations, de vengeances et de honte, complètent ce patchwork des mœurs contemporaines.

 

Naturellement, biographie et fiction s’amalgament dans ce magma de passions et d’énergies. Mais, entre les changements de registres (confidence, déclaration, éructation) se perçoit la construction d’une pièce qui se nourrit de l’enthousiasme juvénile de ses interprètes et de leur volonté de montrer de quoi iels sont capables. Ce qui est futé et fonctionne à plein régime. En prenant l’amour comme objet, le duo de metteur·euses en scène focalise ces jeunes talents sur leur intimité, les incitant à tomber le masque. Ainsi, ce qui aurait pu ressembler à une bande démo de jeunes comédien·nes sorti·es d’école, mute en une catharsis de groupe où les fonctions mêmes du théâtre, piédestal et réceptacle de préoccupations intimes, opèrent à merveille. On retrouve là aussi ce qui faisait la moelle du binôme depuis leur adaptation de Platonov : une frontière floue entre vécu des interprètes et écriture de plateau, des inserts de témoignages anonymes, un rappel régulier du dispositif théâtral et un décor arty mais pas en toc. 

 

On se surprend toutefois à se demander où nous mène cette thérapie collective. Malgré de vrais efforts pour inclure le public – y compris physiquement, avec déambulation dans les gradins et divulgation du numéro d’une comédienne –, la scène ne déborde pas tout à fait et la pièce flirte occasionnellement avec l’ego-trip. Une impression vite balayée par la force d’incarnation de ce jeune casting, et l’intelligence avec laquelle Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix ont ficelé cette chevauchée sentimentale. 

 


Lack de Lorraine de Sagazan & Guillaume Poix a été joué le 19 juin dans le cadre du Festival d’Anjou au Quai, Angers

 

⇢ du 9 au 11 février 2027 à la Comédie de Clermont-Ferrand


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