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Le ruissellement de l’eau, un champ balayé par le vent, la silhouette d’une montagne : les gestes de la Compagnie XY esquissent des paysages à la fois abstraits et organiques. Au sein de ces environnements, près de vingt-cinq acrobates œuvrent à construire une représentation idéale de la nature. Pour ce faire, aucun agrès ni effets scéniques : seuls résonnent les souffles et quelques airs chantés. Ce Pas du monde que met en scène la troupe lilloise repose entièrement sur le geste circassien et le corps au travail. Des gestes empressés dans un premier temps, à la recherche fébrile de l’image parfaite. Avec minutie, le groupe édifie des figures pour les détruire aussitôt, tout le long d’un cycle qui semble ne jamais se briser – un rocher de Sisyphe, peut-on penser.


Après ce premier mouvement tout en flux, la troupe se fige. Une lumière violette coule sur le plateau, accompagnée de sons électroniques – glitches, craquements. Un individu apparaît, l’air inquiet. Autour de lui gravitent des créatures non identifiées, sans doute extraterrestres, incarnées par le reste de la troupe. Si la méfiance domine d’abord cette rencontre du troisième type, elle cède peu à peu à la curiosité. Cette séquence plus narrative, qui tranche avec l’abstraction initiale, se teinte d’un humour inattendu. Celle-ci marque aussi la fin de la lutte acharnée du groupe pour représenter l’immensité du vivant, son évolution constante, son caractère insaisissable. Non pas une résignation, mais un geste d’humilité.


Malgré ses acrobaties d’une précision remarquable et la construction impeccable de ses tableaux visuels, Le Pas du Monde gravite autour des questions environnementales sans jamais pleinement s’en saisir. Le spectacle évoque les métamorphoses du paysage et les bouleversements climatiques, mais n’en interroge ni les causes — essentiellement humaines à l’ère de l’anthropocène — ni les conséquences sur la biodiversité. Ici, point de réchauffement planétaire ni de protection du vivant : la Compagnie XY semble se tenir à distance de toute charge politique. Certes, le public du cirque est en grande partie composé d’enfants. Faut-il pour autant lui proposer un spectacle allégé, qui contournerait la violence du réel ? Face à ce public intergénérationnel, Le Pas du Monde pose toutefois les fondations d’une sensibilité écologiste : modifier notre rapport de surplomb à l’environnement, considérer le vivant comme un équilibre fragile dont nous faisons partie intégrante. On le sait : tout commence par le regard.

 



Le Pas du Monde de la Compagnie XY a été présenté du 31 octobre au 23 novembre à La Villette, Paris

 

⇢ les 16 et 17 janvier à la Scène nationale de Carré-Colonnes, Saint-Médard-en-Jalles

⇢ les 20 et 21 janvier à la Scène nationale d’Albi-Tarn

⇢ du 27 au 30 janvier à la Coursive, La Rochelle 

⇢ les 3 et 4 février au Théâtre du Beauvaisis, Beauvais

⇢ le 24 février à l’Opéra de Dijon

⇢ les 27 et 28 février à Château Rouge, Annemasse 

⇢ du 5 au 7 mars à la Comédie de Clermont-Ferrand

⇢ du 10 au 14 mars à Bonlieu, Annecy 

⇢ du 21 au 28 mars à la Maison de la Danse, Lyon 

 

 

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