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Deux silhouettes identiques, chacune en jean et perruques blondes au carré, posent immobiles dans l’espace blanc. Leurs bouches rouge vif sont plaquées au scotch. Sur leurs visages, quelque chose cloche. Elles nous regardent de biais, nous observent par deux paires d’yeux en verre comme prélevées sur des poupées anciennes. A-t-on affaire à des mannequins dans une vitrine abandonnée ? Des stars de cinéma dont l’image se serait figée sur pellicule ? Le trouble enveloppe la salle. Sans déplacer leurs appuis, les deux figures engagent un processus de transformation hypnotique, et dévoilent mille visages.


Peu à peu, les perruques glissent, les crânes se dénudent, la bouche rouge est avalée, mâchée. En une fraction de seconde, un nez de clown apparaît puis mue en plaie sanguinolente. Un visage de poupée parfaite devient creepy, une Raiponce déglinguée surgit, une expression lisse apparaît bosselée. Les frontières avec l’humanité deviennent poreuses et des figures animales pointent le bout de leurs museaux. Réalisé avec force sparadraps et cellophane sans cesse replacés sur le visage, le travail de transformation fascine par sa précision. Chandra Grangean et Lise Messina glissent du monstrueux au sublime, de la beauté au difforme et il suffit parfois de cligner des yeux ou de détourner le regard un instant pour manquer une apparition. La métamorphose coule dans un même mouvement, compose une galerie de portraits à la consistance plastique, et mène ses témoins tantôt vers le rêve ou le cauchemar. Ici les références abondent, telles que les autoportraits photo de Cindy Sherman ou de Claude Cahun, une imagerie cinématographique que l’on rapproche volontiers des Yeux sans visage de Franju ou de L’enfer de Clouzot. Les Vieilles de Goya ou la série nineties Beavis et Butt-Head nous traversent aussi l’esprit sans transition.


Nourri au pop art comme à l’innovation hi-tech, Reface fait l’effet d’une séance de morphing 3D réalisée en tuto DIY. Et si le visage est un terrain de métamorphoses bien arpenté dans l’histoire de la danse – Marlene Monteiro Freitas en sait quelque chose , il est ici une pâte malléable, reconfigurable à l’envi, dissolvant l’apparente unité identitaire dans des multiples vertigineux.


Reface du collectif Les Idoles les 6 et 7 juillet dans le cadre festival Cité Lausanne, Suisse

--> le 13 novembre au CCAM Vandœuvre-les-Nancy

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