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Après un détour par le roman, Pauline Bayle revient donc à ses premières amours : l’épopée. Dans la première scène de Mahabharata, le dieu Shiva, qui prend ici les traits d’une enfant, jette une poignée de poussière bleue dans l’air. Par ce geste, la metteuse en scène se cite elle-même et dresse un pont entre les récits d’Homère et ce mythe indien qui voit s’affronter deux familles cousines, les Pandava et les Kaurava. Ici, tout ce qu’on a tant aimé dans ses précédentes adaptations de L’Iliade et de L’Odyssée se déploie à nouveau, au centuple même. Un plateau noir, quasi vide, baigné de lumières chaudes. Un texte qui tient le premier rôle, dont la puissance déborde tel un fleuve en crue. Une bande d’actrices qui endossent chacune plusieurs rôles. Des séquences pensées comme des tableaux. Un art de la suggestion qui devient incantation : sable, peinture, couronne, faux sang, capes et masques, bouquet de flèches ou de lapins empaillés, chaque accessoire, chaque geste, chaque pose charriant un univers en soi. Tout, jusqu’à l’ellipse-entracte, respire l’intelligence. À cette maîtrise qui fait sa signature, la directrice du Théâtre Public de Montreuil se pique d’ajouter, sans jamais s’égarer, une création musicale plus soutenue que d’habitude, des séquences filmées dont même le grain a été étudié et une parodie de jeu vidéo qui fait mouche. Tout pour éblouir. Et pourtant, on reste à distance.

 

C’est à n’y rien comprendre. D’autant qu’on ne pense pas être passé à côté des enjeux de ce conte indien millénaire. Pauline Bayle a le talent de rendre accessible cette histoire regorgeant de détours et de nouveaux personnages. Ainsi jamais ne se perd-on dans le cycle sans fin de la violence fratricide. Sur le chemin, on a fait résonner, pour Gaza, cette phrase-là : « Ce n’était pas une vengeance : ce fut une extermination. » On a entendu les mots de sagesse, cet appel à devenir qui l’on est et à l’action plutôt qu’au renoncement. On a saisi aussi les réflexions méta sur l’écriture et la responsabilité du conteur, a fortiori lorsque c’est de viol et de crimes dont il rend compte.  

 

La place de l’auteur, ce Mahabharata le souligne, est auprès de ses personnages. Or ici la metteuse en scène semble s’être absentée, comme cachée derrière sa technique. Sans son désir et son élan, qu’on sait pourtant ardents, fond, forme et virtuosité produisent un théâtre bizarrement figé. Cette nouvelle adaptation épique manque sans doute d’une chose : d’imperfection. Après tout, ce n’était pas le Mahabharata lui-même, mais celui de Pauline Bayle, que l’on était venu découvrir. 

 


Mahabharata de Pauline Bayle, jusqu’au 24 octobre au Théâtre Public de Montreuil


⇢ les 26 et 27 novembre au Tandem, Douai
⇢ du 16 au 19 décembre au Théâtre du Nord, Lille
⇢ du 6 au 16 janvier 2027 aux Célestins, Lyon
⇢ les 28 et 29 janvier au Volcan, le Havre
⇢ du 3 au 5 février au Trident, Cherbourg-en-Cotentin
⇢ du 7 au 9 avril au Théâtre Olympia, Tours
⇢ le 13 avril à l’Équinoxe, Châteauroux
⇢ les 20 et 21 avril à L’Azimut, Antony
⇢ le 24 avril au Théâtre Louis Aragon, Tremblay

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