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Que peut-on écrire sur la vie de quelqu’un, a fortiori celle de nos parents ? Si la rentrée littéraire 2025 en a fait une tendance, le geste, en danse, est plus rare. Dans ces contrées biographiques, Malika Djardi n’en est pas à son premier coup d’essai. En 2014, la chorégraphe française s’interrogeait dans un premier solo documentaire sur le rapport de sa mère à la religion. Dix ans plus tard, elle poursuit son enquête depuis une chambre d’EHPAD où cette dernière, Marie-Bernadette Philippon, souffrant d’Alzheimer, est accueillie. 

 

Dans un silence ouaté et une tenue aussi blanche que des murs d’hôpitaux, l'interprète, seule en scène, trace un premier mouvement singulier. Elle place lentement ses deux mains sous son nez et, dans un va-et-vient, les frotte délicatement l’une contre l’autre. Dans une caresse des joues, elle les remonte puis vient à nouveau les placer autour de sa bouche, comme pour amplifier sa voix. Rien n’est dit encore, mais tout est déjà là. 

 



© Pierre Gondard




Pour raconter ce qu’on préfèrerait ne pas voir, la fragilité d’une existence sur le déclin, Martyre entremêle les langages. Des enregistrements audio et vidéo sont diffusés, des samples de berceuses sont remixés avec des morceaux populaires bien connus. Malika Djardi parle, danse, manipule des objets, dialogue avec les images, s’adresse à sa mère et met ses pas dans les siens. Ou plutôt : elle lui prête, aussi, son corps le temps d’un spectacle. 


Dans ce portrait vivant, la chorégraphe n’élude ni les difficultés, ni la détresse : elle les tient à distance avec pudeur et humour. De ce moment où la logique du soin s’inverse, où il revient aux enfants d’accompagner leurs parents, elle garde la douceur et ce qui, malgré tout, continue à s’inventer. Jusqu’au bout, Marie-Bernadette Philippon a continué à danser, gardé le rythme et inventé son propre vocabulaire de mouvement. Alors à nouveau, Malika Djardi place ses deux mains sous son nez. Et cette fois on comprend : que dans la survivance de ce geste, sa mère sera toujours là, quelque part en elle. 

 


Martyre de Malika Djardi a été présenté le 11 mars au Théâtre de Vanves


⇢ les 6 et 7 novembre à la Maison de la Danse, Lyon


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