Dans le Silence de Mathilde Monnier et Lucie Antunes, la musique garde toujours une longueur d’avance sur la danse. L’album qui donne son nom à la pièce, produit par la percussionniste et musicienne, est sorti en amont de la première. À l’image de cette asymétrie temporelle, le duo conçoit, plutôt qu’un dialogue musicochorégraphique, un concert chorégraphié où la balance penche en faveur de l’univers musical.
Dans un dispositif en cercles concentriques, la musique prend d’emblée le pas sur la danse. Entourée de gradins en trifrontal, la scène circulaire accueille en son centre un ensemble instrumental – batterie, claviers, table de mixage, xylophone – vers lequel s’avancent les dix interprètes, tout à la fois danseurs et choristes. L’ensemble donne l’avantage numérique à la chorégraphie – sept danseurs et danseuses pour trois instrumentistes, dont Lucie Antunes elle-même. Mais c’est pourtant bien la création musicale qui mène la danse. Reprenant en live le morceau éponyme du disque, l’ensemble des interprètes chante en boucle et a cappella le mot « silence » sur quatre accords. Des structures électro s’installent, faisant varier le rythme et le paysage sonore de la techno au lyrique en passant par le métal et le psychédélique. Entre pulsations, réverbérations et répétitions, résonnent les mots de Laura Vazquez, Louisahhh, Wolfgang Tillmans, Halo Maud et Vega Voga. Les décibels sont élevés et ces multiples couches produisent un double effet hypnotique et électrisant, décliné sur plusieurs titres de l’album.
Autour de ce noyau musical, les danseurs se détachent progressivement pour laisser libre cours au mouvement. D’abord répartis sur l’extrémité du cercle, les corps, vêtus de chaussettes hautes ou de pantalons longs noirs, se laissent entraîner par la rythmique. Alors que le balancement des bras et des jambes se rapproche d’une danse de club, leurs petits pas de côté, dans le sens des aiguilles d’une montre, évoquent une platine vinyle à taille humaine. Outre les motifs circulaires, les corps dessinent aussi des lignes – rayons ou diamètres – en canon ou en boucle, en solo ou en duo, tels les électrons d’un champ magnétique. Une écriture qui repose davantage sur la structure d’ensemble et l’occupation de l’espace que sur la sculpture des gestes eux-mêmes.
À l’exception de quelques séquences de groupe et d’un pas de deux aux mouvements soignés, la chorégraphie de Mathilde Monnier reste sommaire, laissant une large place à l’improvisation des danseurs et danseuses, poussés jusqu’à la transe par l’intensité du concert live. Conséquence : un déséquilibre flagrant entre les partitions dansée et musicale, la première étant limitée à souligner la puissance et la complexité de la seconde, sans parvenir à s’en nourrir. C’est bien l’album de Lucie Antunes, cœur battant du spectacle, qui fait la force de Silence et emporte interprètes et public dans une expérience collective vibrante.
Silence de Lucie Antunes et Mathilde Monnier a été présenté du 6 au 8 juillet dans le cadre du Festival d’Avignon à la Carrière de Boulbon
⇢ du 2 au 4 octobre dans le cadre du festival Transforme au Théâtre de la Cité internationale, Paris
⇢ les 16 et 17 octobre à la MAC, Créteil
⇢ du 21 au 23 octobre dans le cadre du Festival d’Automne au CENTQUATRE, Paris
⇢ les 3 et 4 novembre à la La Comédie de Valence
⇢ les 13 et 14 novembre au Théâtre-Sénart, Lieusaint
⇢ le 18 novembre à L’Archipel, Perpignan
⇢ le 12 décembre aux Quinconces, Le Mans
⇢ les 6 et 7 janvier 2027 à la Comédie de Clermont-Ferrand
⇢ les 10 et 11 février à la Maison de la danse, Lyon
⇢ le 11 mars au Quai, Angers
⇢ du 2 au 4 juin dans le cadre du festival Transforme au TNB, Rennes
Lire aussi
-
Chargement...

