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On sort de certains spectacles avec l’envie immédiate de les revoir. La contemplation n’a rien épuisé, ni le sens, ni les sensations. Peut-être est-ce à cela, d’ailleurs, que l’on reconnait une grande pièce : elle résiste à la consommation et nous maintient en suspens. Peut-être ne pouvait-il en être autrement, puisqu’il était question d’un deuil impossible. Voilà à quoi on pense, après Mourn Baby Mourn, en retrouvant la sculpture monumentale du Kraken dans la cour des Subs à Lyon, encore électrifié par ce qui s’est joué dans la salle noire.


« Mourn baby Mourn. » : l’injonction est claire. L’objet et le sujet du deuil, protéiformes et cosmiques, eux, ne cesseront de changer de visage. Deuil des années d’insouciance qui ne reviendront pas, des espèces en voie d’extinction, de l’état du monde, des promesses non-tenues et des futurs auxquels on a cru. Il n’y aura ni consolation, ni sortie, ni apaisement ; les pleureuses peuvent ranger leurs voiles et enfiler leurs bleus de travail. Katerina Andreou a beau arborer un petit short de vacances à motifs « palmiers », c’est bien à manipuler des parpaings qu’elle s’emploie. Visage concentré, appuis ancrés, ports de bras anguleux, dans cette atmosphère sonore tout en échos qui ouvre et confine l’espace en ondes successives, les gestes dessinent déjà un territoire chorégraphique (ça commence où, la danse ?). La performeuse élève un mur, mais ce n’est ni un refuge, ni une frontière qu’elle construit (fait-on rempart plus morbide que la mer ces temps-ci ?). Elle cherche dans ce geste petit, presque banal, répétitif, un exutoire à l’abattement et à la mélancolie (le temps du « grand » geste n’est-il pas révolu ?). Les murs ne l’enferment pas, ils l’invitent à passer à l’acte. Et elle a besoin de leur surface pour y envoyer des phrases au casse-pipe. Peut-on écrire autre chose que de la poésie quand on a perdu « le feeling du récit » ? 


Alternant des actions concrètes, des plages de danses et d’autres musicales plus contemplatives, la pièce progresse sur un fil tendu, comme pensée pour permettre aux contraires de coexister et au trouble de devenir habitable. Plus le mur de parpaing s’élève, plus les mots qui y sont projetés se mettent à déborder du cadre, plus la tension monte, plus la dimension personnelle et introspective de Mourn Baby Mourn se dissous dans plus grand. Le seul en scène, l’emploi du « je » et du « tu » étaient de fausses pistes. À enchaîner les torsions, les spasmes et les chutes mâtinées de break-dance, jouant des vocabulaires du rebetiko comme de la tecktonik, de la dancehouse ou du jumpstyle, des mains de travailleurs comme de celles de gorilles, Katerina Andreou laisse progressivement son corps se charger de puissances extérieures, passées, présentes, futures. Tantôt animale, humaine, masculine, féminine, minérale, elle fluidifie les identités et casse bien plus de murs qu’elle n’en construit. Et c’est bien parce qu’elle préfère accueillir ces autres en elle, que de parler à leur place, que sa tristesse et sa rage vitale deviennent partageables, collectives, et parlent au-delà. Vous ne serez pas consolés, mais vous serez vous aussi passés par le feu. Espérons que cela vous donne l’énergie d’affronter ce qui vient.


> Mourn Baby mourn de Katerina Andreou a été créé du 1er au 3 juin aux Subs, Lyon ; les 13 et 14 juin au CN D, Pantin, dans le cadre du festival Camping et des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint Denis ; les 8 et 9 juillet au Epidaurus festival, Athènes ; les 15 et 16 novembre à l’Espace Pasolini, Valenciennes dans le cadre du festival NEXT ; le 28 février 2023 à la Soufflerie, Rezé