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À Porto, le musée Serralves aime les défis logistiques et chambouler son public. Avec l’édition 2025 du festival O Museu como Performance, l’institution ouvre de nouveau ses espaces d’exposition aux interventions d’une dizaine de performeurs internationaux. Dans le hall, où resonnent les cris de sirène d’Angela Goh, jusqu’au sous-sol où le sud-africain Tiran Willemse, accompagné de la musicienne congolaise Niki électrise son public. Cette année, le norvégien Harald Beharie y présentait aussi Bwatty Boy, un solo dédié à la monstruosité queer ; un désir partagé par Gui BB, fraichement débarquée de Montréal avec sa création I have such a horrible voice, composition fragmentée sur la précarité et la laideur comme outil de subversion.



 Body Loss, Angela Goh © Gregory Lorenzutti



Dans l’auditorium, la pièce installe ses spectateurs sur le plateau, aux côtés de Gui BB et de son·a muscien·ne – nouveau régime de monstration oblige. Sur scène, la canadienne aux cheveux rouges et aux collants ajourés, confie sa singulière addiction à l’endettement. Poursuivie par ses créanciers, Gui BB s’épanche dans sa tanière – une chambre d’ado hallucinée –, recite des pamphlets anti-sociaux et célèbre sa monstruosité, son insoumission au monde contemporain et à ses exigences. 

 


Autour d’elle, la scène regorge d’artefacts en verre soufflé, de brisures d’objets aux couleurs vives et de billes multicolores. Le décor est fabriqué à partir d’éclats hétérogènes, comme les différents costumes composites de la performeuse. Les plateformes et autres échafaudages sur lequel Gui BB évoluent sont répartis de façon anarchiques, invitant l’artiste à passer d’une humeur à l’autre – une chorégraphie pour témoigner de sa psyché fragmentée. Dans cette mise en scène de la dissociation, le public fait face aux gradins vides. Sommes-nous bien au spectacle ? Qui regarde qui ? Sous ses airs de conte horrifique, I have such a horrible voice est pensé comme une longue crise d’angoisse générée par la précarité et l’expérience trans dans une société hétéronormée. 

 


Savon dans les yeux, grimaces torturées, chaussures de strip sans talons ou sur lesquelles on a ajouté des lames tranchantes : Gui BB malmène son corps et développe une esthétique de la laideur assez courageuse tandis qu’ailleurs sur la scène contemporaine les muscles saillants et des danseur·euses érotisé·es font leur grand retour. L’artiste n’a pas peur d’être hideuse ou grotesque : au contraire, c’est le feu qui anime sa création. Si l’on peut regretter une nudité un peu vaine et une poésie émo qui frise l’overdose lyrique, on se réjouit d’intermèdes musicaux qui corrigent le tir. En reprenant en play-back des tubes comme « Tous les cris, les SOS » de Zaz ou les moanings de Britney Spears amplifiés au contrôleur, Gui BB trouve cet équilibre parfait entre cringe assumé et hyper-vulnérabilité dérangeante. I have such a horrible voice est un show dont on apprécie la malice, mais qui gagnerait à s’alléger de quelques tricks et accessoires donnant dans leregistre redondant de l’illusionnisme. On gardera tout de même notre préféré : se brosser les dents avec une scie sauteuse. 

 

 


Le festival O Museu como Performance / Museum as Performance s’est tenu les 18 et 19 octobre à la Fundaçao de Serralves, Porto

 

On the edge of the swamp I shot this old piece of skin de Gui BB, le 24 octobre dans le cadre de PERFORMISSIMA au Centre Wallonie Bruxelles, Paris    

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