Il était une fois un monde merveilleux où l’on peut rencontrer sur le même sentier Fanny Ardant, Shrek, la Montagne Sainte-Geneviève et quelques « daddys » : bienvenue dans l’univers fantastique d’Anthony Martine. Le jeune comédien, performeur et metteur en scène signe un premier spectacle largement autobiographique sous forme de « conte médiéval afro queer ». Entre fantaisies pailletées et château féérique, il dévoile un récit de vie marqué par la violence du racisme, de l’homophobie et du mépris de classe.
Le performeur amorce son récit avec son entrée en prépa littéraire à Henri IV, le lycée le plus élitiste de Paris. En tenue d’arlequin sur ses talons aiguilles, il raconte son arrivée dans la capitale et sa découverte de deux mondes : la sphère de ses camarades hypokhâgneux, toutes et tous blancs et produits de la haute société ; et la communauté gay, habitué·es des soirées Drag Race et de Grindr. Opposés à première vue, ces deux milieux ont en commun de se construire sur les jeux d’apparence. S’il témoigne d’une bonne entente avec certaines camarades – vidéos d’archives à l’appui –, Anthony Martine évoque aussi les « Princes du Château », ces enfants de riches qui l’humilient par des montages à caractère raciste et homophobe sur un groupe Facebook. De même, ses initiations sexuelles avec des hommes quarantenaires mêlent désir charnel et fétichisation de son corps racisé.
Ces marques d’exclusion et de discrimination, Anthony Martine en joue à sa guise. En se grimant façon blackface ou en ponctuant ses piques de quintes de rires suraigus, son personnage prend une revanche sur les oppressions qui ont jalonné son parcours dès l’enfance. Le performeur tente aussi d’adopter un regard extérieur sur son récit par le truchement de « Paris Ardent » – avatar de Fanny Ardant, à mi-chemin entre son mentor et sa « marraine la bonne fée », qu’il interprète lui-même sur scène. Témoin des péripéties sexuelles de son petit protégé, elle donne à voir les violences qui marquent sa construction sociale et intime.
Anthony Martine s’amuse à décaler les codes du théâtre pour hybrider les genres. Après le conte, la performance bascule dans une téléréalité baptisée Every N***** is a Star. Coanimé par Mérèndys Martine, sœur du performeur, ce format affirme le substrat politique du spectacle. On y entend les témoignages d’une femme noire sur ses relations amoureuses hétéronormées et des réflexions racistes entendues dans le monde du spectacle – venant de personnes prétendument « de gauche ». Hélas, cet épilogue rompt de façon abrupte avec l’univers fantasque des chapitres précédents. Un virage final un peu maladroit qui atténue la fraîcheur de ce solo vif et pétillant.
Quand on dort on n’a pas faim d’Anthony Martine a été présenté du 4 au 21 juillet dans le cadre du Festival d'Avignon à la Manufacture, Avignon
⇢ les 13 et 14 octobre au CDNO, Orléans
⇢ les 16 et 17 novembre au Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
⇢ le 9 février 2027 au Théâtre l'Aire Libre, St-Jacques de la Lande
⇢ du 19 au 30 avril au Théâtre de la Bastille, Paris
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