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« To love is to suffer. » « Follow the tracks. » « I don’t give a fuck. » « We’re gonna be the greatest artists ever. » Postés derrière des pupitres, quatre interprètes sapés smart se jettent des phrases chics et des formules choc, toutes sorties de leur contexte. Leurs échanges ne répondent à aucune règle mais une chose est sûre : ceci n’est pas une conversation. Le quatuor s’ignore, glisse ses répliques à qui mieux mieux, vocifère pour se faire entendre. En régie, le producteur électro Simo Cell parasite leurs micros, sample leurs paroles, triture leurs voix. Le dysfonctionnement, d’abord verbal, finira par gagner les corps. 

 

Les quatre danseurs quittent leur poste pour se mettre en mouvement : des gestes triviaux, empruntés au quotidien. Des pas de recul, un bras levé pour signifier un malentendu, une tête qui marque un refus. Cette partition passera à son tour au traitement du remix et du sample, débouchant sur une gestuelle contrainte, proche de celle d’un cyborg détraqué. La petite musique que compose ici Alban Richard atteint vite son climax, sonore comme visuel, et dresse un tableau limpide : celui d’une aliénation toute contemporaine, d’une aporie du langage, induite par la sur-stimulation numérique. Dans ce microcosme – le nôtre –, toute communication est un échec et l’individu est condamné à l'isolement.   

 

Une sensation de doom scroll émane de Quartet, sans qu’on parvienne tout à fait à la transcender. Le spectacle rappelle ces moments d’errance quotidienne entre plusieurs écrans et modes de communication, comme lorsqu’on discute avec quelqu’un, télévision allumée et smartphone à la main. Paradoxalement, la ronde toxique qu’orchestre Alban Richard en vient, à son tour, à nous lobotomiser pour de bon. Seul rayon de lumière, les danseurs tentent parfois de briser leurs chaînes lors de courtes séquences chantées, hélas vite balayées, qui nous ramènent, là encore, à l’incapacité de connecter, de faire groupe. Notre condition serait-elle une fatalité ? Pour s’en détacher, une seule solution : sortir prendre l’air et désinstaller Instagram. Et vite. 

 


 

Quartet d’Alban Richard a été présenté les 9 et 10 décembre au CDN de Caen

 

⇢ les 22 et 23 janvier dans le cadre du festival Faits d’Hiver au Théâtre de Vanves 

⇢ le 17 juin à la Cité musicale de Metz 


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