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C’est dans un château du nord de la France que Rébecca Chaillon nous reçoit, tout sourire. Invitée en résidence pour finaliser sa prochaine création, la metteuse en scène ne perd rien de son naturel dans cette demeure du XVIIIe siècle. Autour d’elle, dans la bibliothèque, on peut lire : Atlas de la civilisation occidentale, La merveilleuse histoire des couronnes du monde, Revue Vènerie… Les titres sonnent désuets, nostalgiques, un brin problématiques. L’autrice d’origine martiniquaise rassure : le comte, sa femme et ses sept petites têtes blondes sont « fort sympathiques ». Dans son aile réservée, attablée face aux étangs du parc, Rébecca Chaillon a recouvert son bureau de ses propres bouquins : Manifeste antiraciste pour une écologie de la libération, Spiritualités radicales, Une histoire plurielle de la Seine-Saint-Denis. « J’aime m’entourer de livres pour écrire. J’en ai ramené deux valises ici, ça me rassure. » En puisant dans ce corpus éclectique, la performeuse concocte un show comme elle sait les faire, où abondent les phrases polysémiques et les calambours politiques. Depuis l’énorme succès de Carte noire nommée désir il y a trois ans, et le backlash raciste qui a coûté à l’une de ses comédiennes une agression physique dans les rues avignonnaises, Rébecca Chaillon s’en est tenue à des formes plus modestes : le duo de La Gouineraie, entre thérapie de couple et pamphlet contre la famille nucléaire ; le quartet Plutôt vomir que faillir qui invite de jeunes interprètes à exorciser leurs traumas d’ado. Aujourd’hui, la metteuse en scène veut un nouveau show monumental, de quoi « déconstruire [son] rapport à la religion » et considérer la question spirituelle dans la lutte politique. À mi-chemin entre le conte dystopique et le poème religieux, La Parabole du Seum, très attendue à Avignon, fédère une communauté de personnes grosses autour d’une ambition de plus en plus répandue : se préparer à la catastrophe qui vient. Inspirée par la littérature prophétique de l’autrice SF Octavia E. Butler et les paraboles bibliques, Chaillon mobilise le syncrétisme créole de son enfance et l’afrofuturisme, l’astronomie et l’astrologie, pour tenter de contrer la crise de sens généralisée. Croire n’est-il pas aussi un outil de résistance contre l’ordre normatif et le système colonial ? Et pourquoi les marginaux n’auraient-ils pas le droit de prier ?


Un entretien extrait du numéro 130 de Mouvement



La Parabole du Seum investit la spiritualité comme un espace de résistance à l’effondrement de nos sociétés modernes. Vous avez grandi dans le syncrétisme martiniquais. Aujourd’hui, en quoi croyez-vous ?

 

J’ai longtemps regardé avec méfiance ce mélange de religion, d’astrologie, de superstition et d’occulte qui régnait à la maison. Ma mère appelait mes potes par leur signe astrologique, elle fréquentait des voyantes. Je me rappelle qu’elles m’annonçaient déjà mon futur, j’avais à peine 14 ans : « Tu vas voyager, tu parleras beaucoup de langues. » Je trouvais cela insupportable, je ne voulais pas que l’on me gâche la surprise. Il y avait aussi plein d’interdictions, ma mère me disait par exemple : « Ne prê

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