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Que reste-t-il quand tout disparaît ? À la Gaîté Lyrique, le Sahab Festival pose la question pendant deux journées. Loin d’un panorama ou d’une vitrine, l’événement se présente comme un espace de liberté, de discussion et de pédagogie pour faire face à un génocide orchestré par l’État israélien.


Initiée en 2021 par le collectif Hawaf, Sahab naît d’un manque : à Gaza, l’absence d’infrastructures culturelles sûres pour préserver et transmettre. Le projet prend d’abord la forme d’un musée virtuel et imaginaire, présenté à l’Institut du Monde Arabe puis au Palais de Tokyo. Pensé comme une plateforme accessible à distance, inspirée de la vieille ville, il contourne l’isolement en faisant circuler œuvres, archives et récits. Depuis, Sahab s’est élargi : workshops, recherche, bourses, accompagnement d’artistes gazaoui·es, et aujourd’hui un premier festival.


La programmation refuse la logique d’un ensemble trop cohérent et assume au contraire son foisonnement, avec plusieurs dizaines d’artistes et d’intervenant·es. Œuvre collaborative, expériences en réalité virtuelle, projections, discussions, performances, ateliers jeunes publics : les formats se croisent sans chercher à produire un discours univoque. Le symposium porté par MAAN for Gaza Artists reviendra notamment sur la destruction du patrimoine, les conditions de création en exil et les moyens de rendre visible la création palestinienne en France. Des courts-métrages présenteront des récits fragmentés où la fiction devient parfois le seul moyen de dire ce qui ne peut plus être raconté frontalement.


Parmi les propositions les plus marquantes, INVISIBLE reconstitue en 3D plusieurs lieux culturels détruits. À partir d’archives et de témoignages, ces espaces réapparaissent sans être restaurés : le manque demeure visible. Le lancement du nouveau Sahab Museum prolonge ce geste sous une forme élargie, ouverte à d’autres collectifs et pensée selon une organisation horizontale.


Le festival accueillera également Gaza: A Collective Scene, une installation collaborative réalisée durant les deux jours par une nouvelle génération d’artistes palestinien·nes. Pensée comme une image fractionnée du territoire, l’œuvre mêlera dessins, projections et récits personnels. Des ateliers destinés aux adolescent·es ouvriront des espaces de création et de discussion, tandis qu’un hommage sera rendu à la diplomate palestinienne Leïla Shahid. En parallèle, une campagne de financement sera lancée pour permettre au projet de continuer à se développer au-delà du festival.


Ce que montre Sahab à la Gaîté Lyrique n’est pas une scène unifiée. C’est une pratique qui se construit sous contrainte, qui s’organise autrement. Une manière de rappeler que la création palestinienne, loin d’être figée, continue de se déployer, malgré l’adversité et les forces qui veulent l’annihiler.




Sahab Festival, les 5 et 6 juin à la Gaîté Lyrique à Paris


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