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Au sommet de l’échelle sociale et hors-sol. Tels sont les riches en Égypte (et partout ailleurs), nous conte Ahmed El Attar. À travers Salma, Mon Amour, l’auteur-metteur en scène égyptien passe au crible la vie d’un foyer aisé dans un feuilleton tragi-comique. Dans cette famille bourgeoise, on convoque le père (Ramsi Lehner), mielleux mais autoritaire ; la mère (Nanda Mohammad), hautaine en surface, malheureuse au fond ; le fils aîné, Karim (Mostafa Shaker), fiancé à une riche états-unienne ; et enfin, la fille cadette, Salma (Kawthar Mohsen), pourrie-gâtée par son papounet. 


Tout ce petit monde évolue dans un intérieur spacieux en quasi-huis-clos : des pièces cloisonnées par des barreaux métalliques et entourées de rideaux satinés, au mobilier scandinave. La seule fenêtre sur le monde extérieur est dans le smartphone de Salma, qui filme sa vie sur TikTok et vibre au son de la pop internationale. C’est d’ailleurs en scrollant que la jeune fille découvrira l’horreur qui ravage Gaza depuis l’automne 2023. Bouleversée par les atrocités commises à quelques centaines de kilomètres de sa tour d’ivoire, elle veut aider, au grand dam de ses parents. Entrée comme par effraction dans cette prison dorée, la guerre fait voler en éclats l’harmonie de façade du foyer.


Face à la crise familiale comme à la crise humanitaire, Ahmed El Attar dessine des personnages archétypaux pris dans des doubles jeux, tantôt cocasses, tantôt malsains, que figurent habilement les interprètes. La mère swipe en secret sur les applis de rencontre, à la recherche d’une bonne âme pour sécher ses larmes de crocodile – mais n’hésite pas à piéger la domestique, Loubna, pour préserver le mariage de son fils. Ce dernier, qui flirtait avec Loubna alors qu’il était déjà fiancé, ne lève pas le petit doigt pour défendre l’employée et désapprouve l’engagement progazaoui de sa sœur. Quant au père, il préfère préserver son business avec les États-Unis plutôt que de venir en aide à ses frères voisins. Emmuré dans le négationnisme – toutes les images de la guerre qui circulent sur les réseaux ne seraient que des fabrications –, il réprime les velléités de sa fille chérie. C’est contre ces monstres d’hypocrisie que se révolte Salma. 


Il y a un air d’Antigone chez cette jeune fille issue de l’élite qui refuse de se plier à la loi patriarcale. Ahmed El Attar en fait l’incarnation d’une jeunesse qui se débat avec le mépris de classe de ses parents et l’horizon d’un monde traumatisé dans lequel elle est appelée à grandir. Pourtant, ce dernier demeure un arrière-plan flou des conflits générationnels de la pièce. Si Gaza est nommée, Israël et la Palestine restent dans l’ombre. Certes, ces silences émettent des sous-entendus que le public identifie sans peine. Ils illustrent la déconnexion totale de la classe dominante vis-à-vis de la réalité sociale égyptienne et, plus largement, du monde arabe. L’absence de ces éléments contextuels interroge toutefois la teneur de l’engagement de Salma. Plus informée que toute sa famille réunie, sa volonté d’aider ses confrères et consœurs dans la détresse est un peu moins convaincante sans ces détails. Est-ce la fiction qui prend le pas sur le réel pour tirer la pièce du côté de la métaphore cauchemardesque, comme le suggère l’explosion de violence finale ? Quoi qu’il en soit, Salma, Mon Amour résonne un acte de foi en la jeunesse. 

 


Salma, Mon Amour d'Ahmed El Attar a été présenté du 5 au 8 juillet dans le cadre du Festival d’Avignon à L’Autre Scène du Grand Avignon, Vedène


⇢ du 8 au 10 octobre à la MC93, Bobigny

⇢ les 13 et 14 octobre à la Comédie de Valence

⇢ le 16 octobre au Théâtre de Choisy-le-Roi

⇢ le 3 novembre à la Scène nationale du Sud-Aquitain, Bayonne

⇢ les 6 et 7 novembre au Mixt, Nantes

⇢ les 9 et 10 novembre au Tandem, Douai

⇢ le 13 novembre à LaMaM, Marseille

⇢ du 6 au 11 décembre 2027 au Théâtre national Wallonie-Bruxelles (Belgique)

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