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Huit danseurs apparaissent, baignés d'une lumière blanche. Ils entament une marche régulière, qui attire le regard vers le haut de leur corps, où d’amples ports de bras, inspirés du classique, rompent avec la mécanique de leur déplacement. Vêtus de justaucorps couleur chair, une marque rougeâtre est perceptible sur leur flanc. Ils affichent une expression d’effroi, renforcée par un teint porcelaine. Avec Delay the Sadness, Sharon Eyal compose un show autour de la perte et du deuil. Hommage à sa mère récemment disparue, la pièce est un reflet des différents états physiques et psychiques traversés pendant cette période suspendue. La chorégraphe en livre une version très intime, qui interpelle par son réalisme cru et ses métaphores macabres. 


Delay the Sadness conjugue l’expérience collective et individuelle du deuil, dans une alternance de solos et de duos. Le spectateur observe, démuni, ces silhouettes qui dévoilent leur chagrin et oscillent de la solitude au réconfort. Sharon Eyal parvient à traduire chacun de ces états avec une grande précision, la fébrilité des danseurs affleure alors qu'ils se déplacent en petit menés, leurs mains agrippant leur visage, l’air décontenancé. Lors des duos, les danseurs ne se quittent pas des yeux. Leur expression est toujours marquée par la peur et traduit une grande fragilité. Ils sont dans une bulle qui semble les isoler du monde alentour, où la souffrance se partage silencieusement. Les solos par contre sont l'espace de la colère. Les danseurs, braquant leur bras avec défiance vers le public, suggèrent une violence prête à éructer, un risque latent. 


La pièce charrie tout un imaginaire fantomatique, avec des silhouettes se déplaçant dans le fond de la scène, peu éclairées, rappelant les Willis qui veillent sur la tombe de Giselle. Le choix des lumières joue ici un rôle capital. Blanches ou verdâtres, elles accentuent la froideur de la composition. Et puis, l’espace d’un instant, une lumière dorée se manifeste. Les danseurs se tournent vers le ciel sur une mélodie plus apaisée, aux consonances liturgiques. Le temps semble s’arrêter dans ce qui pourrait être une représentation de l’au-delà ou d'un rêve. Avant que tout s’effondre à nouveau et que les milles tourments ressurgissent. Au-delà d’une cartographie très précise des différentes émotions qu'engendre un deuil, Sharon Eyal parvient à en dévoiler une profonde poésie. Les états d'âme s'entremêlent sans hiérarchie et chaque état, du plus intime au plus violent, y trouve sa place.



Delay The Sadness de Sharon Eyal a été présenté du 27 novembre au 6 décembre dans le cadre de la saison de Chaillot à La Villette, Paris 


⇢ les 23 et 24 juin dans le cadre des Nuits de Fourvière à Lyon 


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