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Tranquillement assis sur leur estrade respective, neuf jeunes gens tuent patiemment le temps, le regard dans le vide et un gros casque audio vissé sur les oreilles. Aucun son ne parvient jusqu’à la salle, détail que l’on oublierait presque à voir un jeune homme androgyne tracer de grandes courbes dans l’air à un rythme régulier. Plongée dans la pénombre, la scène palpite de ses présences discrètes, silencieuses à l’ouïe plus qu’à la vue. Somme de solitudes, un brin sauvages, qui nous impose son propre tempo pour entamer les présentations.

Il y a Safie, jeune femme gracieuse aux mains papillons, introduite by herself ; Victoria, cheveux rouges, sarouel psyché, le regard agité de l’empathie chronique ; Sasha, deux grosses tresses plaquées, le crochet nerveux et la voix de celui qui ne mord pas. Ils ont tous entre 17 et 26 ans, mais l’âge n’était pas tout à fait le critère de ce casting particulier. Fuir un père porté sur la cogne ou sur l’alcool, une guerre fratricide ou un divorce qui s’est imposé sans crier gare, les neuf jeunes personnes de ce Silent Disco ont en commun d’avoir dû quitter le foyer familial et dealer avant l’heure avec leur indépendance.

 

Lumière naturelle

L’art contemporain, et le théâtre peut-être plus encore, aime se nourrir des histoires cabossées. Et dès que l’on remue les gros maux, l’écueil du lacrymal bon marché n’est jamais très loin. Pour cette fois, vous pouvez ranger les Kleenex : les jeunes âmes qui acceptent finalement de nous ouvrir leur bulle ne rentrent pas dans les habits de victimes. Fières, droites et campées sur leurs deux pieds, elles portent le « Je » clair et bien haut. Avec des phrasés, des expressions et des tics de langage trop singuliers pour être factices, chacune et chacun interprète sa propre voix. Parfois, le verbe de ces comédiens amateurs trébuche, le trou de mémoire se devine dans une hésitation. Loin de fragiliser la forme d’ensemble, les failles techniques se greffent en ornement aux récits partagés et mettent un peu plus en lumière la force de ces jeunes adultes que la vie n’a pas épargnés.

Travail au long cours, mené sur une année au rythme d’ateliers réguliers, la forme finale de Silent Disco conjugue esthétique épurée et justesse du propos. Gurshad Shaheman préfère braquer les projecteurs moins sur les causes de rupture familiale que sur la capacité de ces individus à écrire leur propre histoire, dans les mots et dans les actes. Depuis le silence méfiant jusqu’à la bamboche collective, neuf jeunes pousses rejouent leur éclosion au monde, au rythme des sons electro, raï ou soul qui les ont mis en branle. Et ce simple spectacle a de quoi hérisser les poils.


> Silent Disco de Gurshad Shaheman, le 25 février au Manège, Maubeuge, dans le cadre du Cabaret de curiosités ; du 18 au 21 mai au Théâtre des Tanneurs, Bruxelles