Après Never twenty one et Yasuke Kurosan, le vidéaste et chorégraphe SmaÏl Kanouté poursuit son exploration des identités afro-descendantes en s’intéressant à la spiritualité et aux pratiques vaudou. Pour clôturer cette trilogie, Sô Ava prend des allures de voyage cosmique. Dans l’obscurité du plateau, on distingue les corps des cinq interprètes, pour l’heure sagement assis en tailleur, immobiles comme les costumes inspirés des parades des Black Indians de la Nouvelle-Orléans qui les attendent en fond de scène. Le spectacle n’a pas commencé que la frontière entre l’animé et l’inanimé est déjà poreuse. Qui sont-ils, ces danseurs tout de blanc vêtus, progressivement réveillés par les percussions du chorégraphe ? Humains ou esprits ? D’une métamorphose à l’autre, peut-on penser qu’ils sont seuls en eux-mêmes ? Les vagues qu’ils forment du haut de leur corps, dans une atmosphère planante et solennelle, fait apparaitre des images de possession. Quelques secondes plus tard, ce sont des zombis qu’on imagine, puis une meute de loups. C'est manifeste : les corps que l’on voit ne sont pas les seules entités à habiter l’espace scénique.
Sô Ava avance et se complexifie. La musique jouée par les danseurs s’épaissit de nappes électro, la création lumière modifie les atmosphères en une seconde, le rythme s’emballe, l’intensité grimpe. Le vocabulaire gestuel aussi : les mouvements des danses urbaines se mêlent à d’autres, issus des sports de combat, de processions cérémoniales ou de jeux d'enfance. La composition est dense. On pourrait se perdre dans ce labyrinthe dont les séquences mériteraient d’être légèrement resserrées pour revenir à l’essentiel. Quelque chose de fort se joue néanmoins, à l’équilibre entre le collectif et les individus qui le forment. Les unissons se cherchent depuis la singularité des interprètes, les déplacements collectifs n’effacent jamais l’individualité et chacun a l’occasion de faire briller sa personnalité et ses influences. En ces temps où les communautés, quelle qu’elles soient, ne semblent plus pouvoir exister autrement que sur un modèle identitaire homogénéisant, se cache là une très précieuse leçon de politique.
Sô Ava de Smaïl Kanouté a été présenté le 6 octobre à LaMAM dans le cadre du festival actoral, Marseille
⇢ les 1er et 2 avril 2027 aux Subs, Lyon
⇢ du 26 au 29 mai à la MC93, Bobigny
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