Thomas Lebrun connaît bien la formation Coline, installée dans les Bouches-du-Rhône. Invité pour la septième fois à partager un bout de son univers artistique avec les jeunes danseurs et danseuses en voie de professionnalisation, le chorégraphe à la tête du CCN de Tours compose à partir de deux prémisses : la musique – trois pièces maîtresses de Philip Glass –, et la couleur – un camaïeu de bleu. Cette combinaison d’une apparente simplicité se déploie dans une pièce chorale, délicate et exigeante. Un défi de taille pour les quatorze artistes de la session 2024-2026, qui se lancent courageusement dans le grand bain à la Maison de la Danse à Istres.
Vêtu de chemises et de shorts, de l’azur au marine, le groupe s’avance en fond de scène sur l’ouverture d’Einstein on the Beach. À l’instar des séquences de chiffres de 1 à 8 répétées en boucle dans le morceau, la chorégraphie commence piano avec des enchaînements de ports de bras – en couronne ou tendus en V au-dessus de la tête, coudes repliés dans les hanches, mains jointes devant le visage. À mesure que la partition accentue les décalages entre ses plans sonores, les interprètes placés en quinconces divisent leurs gestes en canons, avançant et reculant en ligne à tour de rôle. Ce premier tableau pose une ambiance onirique et géométrique singulière.
Les choses se corsent lorsque, prolongée par Mad Rush, la chorégraphie module les formations géométriques avec des courbes et des obliques, des variations de rythme, des changements de directions et d’appuis. Thomas Lebrun déploie ainsi une écriture dense et ciselée, tendue entre légèreté et pesanteur, où chaque inflexion est tirée au cordeau. En écho à l’effet hypnotique des ostinati de Philip Glass, la chorégraphie de Thomas Lebrun vise paradoxalement le lâcher-prise, entraînant les corps dans un état proche de la transe. Mis à rude épreuve, l’ensemble du groupe laisse apparaître des déséquilibres. Au fil des évolutions de la partition, qui s’achève sur String Quartet n° 3, les interprètes peinent à suivre la cadence. Si certaines figures excellent, les difficultés techniques maintiennent les interprètes de la formation Coline dans un état de vigilance qui entrave leur abandon à l’expérience chorégraphique. Malgré les atmosphères soigneusement dessinées par Thomas Lebrun, le groupe d’interprètes semble davantage préoccupé par la justesse technique que par le partage d’une émotion kinesthésique. Reste leur engagement et leur détermination indéniables à entrer dans la danse. Puisse-t-elle prendre toutes ses dimensions à force de répétition.
Some of Glass in Blue de Thomas Lebrun a été présenté les 8 et 9 juin au CCN de Tours dans le cadre du Festival Tours d’Horizons
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