CHARGEMENT...

spinner

Cymbales, tambours et caisse claire : dans l’obscurité, une fanfare annonce l’ouverture du bal. Apparaissent cinq créatures folkloriques sans visages, parées de costumes flamboyants – total look franges par ici, fourrure sur les bras par-là, rond plaqué sur la tête. Pourtant masquée elle aussi, on reconnaît Leslie Mannès dans le groupe à sa démarche. Pieds plantés dans le sol comme scellés dans le ciment, sa danse la distingue, ainsi que son énergie tellurique qui l’irradie par secousses jusqu’à la tête – les ingrédients du solo Atomic 3001 qui l’avait propulsée sur la scène européenne. Sa silhouette aussi se démarque – haute, vive, franche. Formée à P.A.R.T.S., la chorégraphe et danseuse belge s’entoure d’un groupe qui s’approprie avec brio cette façon si particulière de bouger.

 

Un grand drapé noir, comme de la lave tout juste refroidie, habille un plateau baigné de lumières rouges hautes en contrastes. Une fois lancé sur une musique aux beats survitaminés, le quintette ne s’arrêtera jamais, se maintenant au maximum de son énergie pour tenir le rythme. Le titre de la pièce ouvre plusieurs pistes : celui du récit d’exploration d’abord, type Voyage au centre de la Terre de Jules Vernes (1864), dans lequel un géologue pénètre la croûte terrestre en entrant dans un volcan islandais. Ou celui du mythe : on pense à Agartha, ce royaume souterrain logé dans une planète creuse, une référence dans les milieux New Age. Mais il n’en est rien : Sous le volcan est tout sauf une société secrète terrée dans le silence, à l’abri des regards. Extravertie, flamboyante, la pièce est une débauche visuelle comme échappée d’un tableau du maître flamand Bruegel, ou d’un défilé carnavalesque.

 

Car Leslie Mannès est familière des traditions festives. En Belgique où elle réside, la sortie de l’hiver se célèbre dans bien des communes et c’est là que s’opère, des jours durant, un renversement de classes. On porte des masques de cire, on se moque des puissants, on fustige leurs effigies. Depuis 2023, la chorégraphe participe à celui de Charleroi où elle fait danser des centaines de citoyens cagoulés, sifflet au bec, pour célébrer le corbeau, tradition carolo qui consistait à faire brûler une réplique du volatile pour faire fuir les idées noires.

 

Sur scène, c’est encore un autre carnaval qu’orchestre la chorégraphe : magmatique, celui-ci n’oublie pas les durs mouvements du labeur quand les cinq personnages, dos courbés, frappent le sol d’une étoffe noire comme pour le préparer à l’arrivée du printemps. Sous le volcan attire notre regard autant sur le groupe que sur chacun des gestes qui relient les individus entre eux. Et si la danse elle-même ne l’explique pas en ces termes, l’esprit fait le rapprochement : sous la terre, ce n’est pas la lave mais le carnaval qui gronde. Est-ce là les prémices d’une éruption populaire, d’un craquellement de la croûte terrestre – ou du vernis social –, d’un déferlement de rage en fusion ? En tout cas, on le sait : c’est toujours dans les brèches que ça pète. Et le carnaval est l’une d’elles.

 


Sous le volcan de Leslie Mannès a été présenté le 31 janvier dans le cadre du festival Pays de Danse au Théâtre de Liège (Belgique) 


⇢ le 4 mars à l’Hexagone, Grenoble 

⇢ le 6 mars au Théâtre du Briançonnais, Briançon 

⇢ le 31 mars dans le cadre du festival Artdanthé au Théâtre de Vanves


Lire aussi

    Chargement...