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Ça commence toujours par l'insoutenable attente de la star en début de concert. Avec des mises en scène toujours plus mégalos – Michael Jackson en jet pack, Katy Perry sur une étoile filante ou Mylène Farmer dans une capsule-cercueil –, le but est clair : assoiffer le spectateur jusqu’au délire, et édifier le mythe de la pop star. En bonne diva, Stéphanie Aflalo ne déroge pas au protocole inaugural. Après une longue attente, c’est depuis les coulisses qu’elle finit par s’adresser au public de son LIVE, commente sa préparation, pour finalement briser le pacte. Disparue la vedette éthérée, c’est une vulnérabilité toute humaine qui s’exprime avant même de pointer le bout de son nez : « Ça vous dit on annule ? »


Passée maître dans l’art du décalage, Stéphanie Aflalo ponce avec LIVE les effets de rupture, piochant tantôt dans le registre surhumain instauré par le show-biz, tantôt du côté des ressorts scéniques les plus potaches. Sur une partition émaillée de clins d’œil et emprunts au répertoire pop, l’artiste – une fois lancée – se démène avec ses armes pour assurer le show. Et tous les moyens sont bons : « mettre l’ambiance en récitant l’alphabet », comme performer une chanson entière autour du mot « anosognosie » – car la musique est aussi « un super moyen mnémotechnique ». En anglais, langue mère de la chanson pop, live signifie vivre, mais aussi dire en direct. Un pacte qui est aussi celui du théâtre, comme se charge de le rappeler un piano débranché au moment du bien-nommé « piano-concert ». Qu’importe, il reste le playback. Prémédité, vous dites ?



© Roman Kané


Artiste en plein trac avant de monter sur scène, puis « bête de scène » qui donne tout à la foule en délire, mais aussi repentante s’excusant entre deux chansons d’avoir « raté » son show, avant de proposer le remboursement des places aux spectateurs mécontents : chez Stéphanie Aflalo, la méta-farce tient toujours par un bon dosage de maîtrise et de dérision, et ce même dans les registres les plus emphatiques. Mais par-delà l’humour, au gré de ces allers-retours, c’est bien le mythe de l’artiste toute-puissante qui se défait et son rapport avec ses fans qui se désacralise. Car, dans l’allégorie de la pop star que décline Aflalo, c’est le fanatisme qui rejaillit toujours, et celui-ci ne se démarque guère d’autres rituels contemporains – du meeting politique à la grand-messe.


Ludique et incisif, LIVE mise sur une théâtralité épurée, condensée, critique de la surenchère matérielle dont dépend le spectaculaire propre à l'industrie du divertissement. Sa dramaturgie fait tourner la mécanique du spectacle comme un miroir sur son axe pour nous rappeler que les notions de performance, de dépassement et du culte de la personnalité ne sont pas réservées aux mondes du spectacle. Elles se répandent dans tous les domaines de notre société contemporaine libérale : du sport à l’entreprise, et désormais jusque dans la sphère privée.



LIVE de Stéphanie Aflalo, le 27 juin dans le cadre du festival Latitudes Contemporaines à La Fileuse, Loos

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