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Les voûtes gothiques de l’abbaye de Royaumont se réveillent avec un mariage surprenant, célébré sous les auspices du programme Sur Mesure : la musique de chambre y embrasse le krump. Dans les jardins, une silhouette encapuchonnée dans un sweat noir enchaîne des mouvements vifs et révoltés face à son reflet dans les eaux dormantes du parc. À l’intérieur du monastère, quatre musiciennes, droites dans des robes chasubles, font gémir violons et violoncelle, comme un appel romantique à la rencontre. Le dialogue s’engage lorsque le danseur Luka Austin, alias Sniper, et la chorégraphe Hendrickx Ntela font irruption entre les vieilles pierres et abordent le quatuor Zaïde. Leur langage corporel saccadé et combatif prend à partie la caméra et, loin de dérouter les partitions co-écrites par Clara Schumann et Fanny Mendelssohn, semble enrôler celles-ci dans une colère secrète. Les instruments sont-ils les mediums de performeurs hantant les lieux ou est-ce que ceux-ci sont les marionnettes indociles des musiciennes ? Corps et cordes s’accoutument les uns aux autres, se repoussent, se cajolent jusqu’à devenir perméables, dans un va-et-vient entre exaltation et apaisement. Il paraît que les premières amours sont faites de passion, d’aliénation et de lyrisme. À mesure que le jour mûrit, le répertoire tiré de l’album Invisible et les danseurs affirment leur couple : la musique soulignant l’expressivité des gestes et des visages, ces derniers prêtant leur vigueur aux plaintes des cordes frottées. Et c’est ainsi, au rythme de cette union singulière, que nous progressons dans les entrailles du patrimoine cistercien, un ordre monastique connu pour son austérité et son rigorisme. Désormais lieu de création artistique, le cœur de l’abbaye de Royaumont bat dorénavant avec celui d’artistes qui n’entrent pas tout à fait dans le rang – un héritage de la Révolution sans doute, quand l’édifice fut nationalisé avant d’être revendu à un industriel. Que ce soient des krumpistes propageant une danse créée par la jeunesse sacrifiée des ghettos de Los Angeles ; ou des musiciennes exhumant le travail de deux compositrices, enterrées de leur vivant et dans les mémoires sous leur statut d’épouse et de sœur de grands hommes.



⇢ le 22 février sur Arte

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