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Le 17 septembre 2011, un slogan résonne au cœur du quartier d’affaires de Manhattan, en plein Zuccotti Park : « We are the 99 % ». Un groupe de militants s’est rassemblé pour dénoncer les abus du capitalisme, initiant le mouvement Occupy Wall Street. Parmi les forces en présence, David Graeber, penseur anarchiste disparu en 2020, l’un des instigateurs de cet épisode désormais inscrit dans l’histoire contestataire. Ses pamphlets et ses entretiens alimentent la rafraîchissante proposition musico-théâtrale que signent Maëlle Dequiedt et le collectif La Phenomena, qui emprunte son titre à l’un de ses ouvrages, The Democracy Project. Sur scène, trois musiciens – Miho Kiyokawa au saxophone, Sulivan Loiseau à la contrebasse et Virgile Pellerin au chant – donnent vie à une pensée critique des temps modernes qui veut la peau des logiques financières sous lesquelles la société croule. 

 

Au fil de la pièce, les thèses anticapitalistes s’enchaînent : l’enfer de la bureaucratie, les « bullshit jobs », le déterminisme social. Les mots de Graeber se mêlent aux expériences vécues du trio, qui incarne tour à tour l’anarchiste, l’intervieweur, des figures du mouvement ou eux-mêmes, sautant d’un rôle à l’autre avec désinvolture. Les problématiques sont copieuses, certes, mais pas de quoi plomber l’attitude du trio, toujours vaillant et enjoué. Leur énergie, leur volatilité entre musique et parole, poussent ces réflexions critiques dans leurs retranchements. Les trois musico-performeurs ne sont pas là pour marteler quelque vérité auprès d’un public d’alliés : leur objectif est d’actualiser une pensée extralucide à l’ère du libéralisme autoritaire.

 

« Le capitalisme n’existe que parce que nous le fabriquons », écrivait Graeber. Et pour le défaire, pourquoi ne pas déconstruire la scène et l’harmonie ? Éruptif et décousu de prime abord, The Democracy Project n’en demeure pas moins dense, reliant chaque bribe d’entretien, chaque fulgurance, à des événements sonores semi improvisés. Malmener une contrebasse, tapoter un saxophone, chercher la dissonance : n’est-ce pas là une application des préceptes de Graeber, selon lequel « le processus de révolte ne prendra pas la forme d’un Grand soir mais d’une improvisation sans fin » ? D’habitude bien au chaud dans ses institutions, l’instrumentarium classique se fraye ici un chemin dans la lutte le temps d’un spectacle. Et, on le sait, la révolte, c’est chacun avec ses moyens – même quand on n’a qu’une contrebasse. 

 

 

 

The Democracy Project de Maëlle Dequiedt a été présenté du 27 au 29 novembre à La Pop, Paris


⇢ les 12 et 13 mars au Théâtre d’Orléans 

⇢ du 2 au 4 avril au Théâtre Silvia Monfort, Paris


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