Tout le dispositif est à vue : deux caméras sur pied, un réseau de câbles, une régie son et, surtout, un écran qui nous renvoie notre image dès l’entrée en salle, nous, public installé dans les gradins. Un préambule nous informe que toutes les images de This & That, le diptyque activé par les Américains Phil Soltanoff, résidant désormais à Toulouse, et Steven Wendt, ancien collaborateur du Blue Man’s Group, seront fabriquées en direct – rien n’est préenregistré. Le noir tombe et de cette esthétique d’atelier naît une magie discrète.
Un pointeur laser vert sautille sur les murs. On suit son volettement au son d’un morceau de jazz diffusé par Soltanoff. Telle une lanterne magique low-tech, This, la première partie du show, déroule des images kaléidoscopiques à partir de deux caméras maniées par Wendt qui les incline, provoque des effets de miroir et joue avec le larsen vidéo pour produire des paysages diffractés. Nous voilà attentifs à la naissance de gelées bleues tremblantes, de spectres fluos, ou encore de fractales colorées façon mandalas, tournoyant jusqu’à l’hypnose. On s’y perd – et c’est agréable. L’art vidéo du XXe siècle ou les écrans de veille Windows des années 1990 viennent à l’esprit. Une autre évidence éclate aussi : en cette ère d’IA slop, le plaisir simple de contempler des formes visuelles nées de gestes manuels retrouve une force singulière. Ce retour à la main qui fait et à l’œil qui saisit en direct est ici nourri par un imaginaire espiègle et guidé par une unique boussole : le désir d’expérimentation.
© Steven WendtChangement de registre avec That. Un projecteur découpe un cercle blanc sur le mur, les mains de Steven Wendt se lancent dans un numéro de shadow puppets. Sous ses doigts virtuoses, des micro-récits : un western miniature, un mélodrame hollywoodien, un strip-tease à deux paumes ou une soirée disco de poche au son des Bee Gees. Soltanoff module la charge dramatique de ces saynètes au gré des ambiances musicales. Dix doigts suffisent à construire des personnages et à nous projeter dans des narrations construites. Comme toile de fond : une certaine histoire de l’Amérique contée façon bande-annonce ou bande dessinée.
Travailler l’espace et la lumière comme gestes spectaculaires fondateurs fait naître des récits qui échappent à toute démonstration. Et la recette est imparable : peu de moyens, pas de grandiose, mais un savoir-faire artisanal précis, plein de malice et sans esbrouffe. Un savoir qui se transmet volontiers : à la sortie, Steven Wendt improvise un atelier auprès d’enfants émerveillés. Toujours ça que les algos n’auront pas.
THIS & THAT de Phil Soltanoff & Steven Wendt a été présenté du 15 au 18 janvier dans le cadre du festival SCÉNO au Théâtre Garonne, Toulouse
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