Tout semble calme et paisible dans le paysage façonné par les mains expertes de Clédat et Petitpierre, plasticiens du théâtre qui ont signé la scénographie dans laquelle évoluent Les Gaulois. Au sommet d’une colline, sorte d’éden aux couleurs de l’automne, Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan avancent à quatre pattes, méconnaissables sous l’épaisse fourrure de leurs combis intégrales. Répondant aux gazouillis des oiseaux par des grognements porcins, leurs personnages hybrides, mi-sangliers mi-personnages beckettiens, dévalent le coteau comme un toboggan, entre deux coussins en forme de gland. Soudain, un éclair les arrache à leur insouciance et les renvoie à leur humanité. Droits sur leurs jambes, têtes casquées et chevelures grossièrement nattées, voilà les deux compères métamorphosés en irréductibles gaillards du temps des Gaules.
Quinze ans après leur arrivée dans le circuit théâtral, Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan se réunissent sous la plume de Marion Aubert. L’autrice a imaginé pour eux des tranches de vie sans queue ni tête, mêlant mythes anciens et anachronismes contemporains. Et tout y passe : corvée de courses chez Leclerc, onomatopées façon Jacquouille dans Les Visiteurs, rave druidique et contrôle de police. Dans ce bain de pop culture, la référence la plus récurrente demeure, sans surprise, Astérix et Obélix : physionomies similaires, railleries sur les Romains et « x » sonores en fin de mots. D’autres duos iconiques surgissent aussi – Astrée et Céladon, C3PO et R2-D2, il ne manquait que Timon et Pumba – quitte à basculer dans le n’importe quoi, à force.
Sans concession, le texte de Marion Aubert se nourrit des clichés qui collent à la peau de nos Gaulois. Et pour dépeindre des barbares simplets à souhait, l’autrice donne volontiers dans l’humour grivois. Du pain béni pour les comédiens qui renchérissent au plateau. Les deux larrons batifolent sur un tapis de verdure en fausses tenues d’Adam, quand ils ne sont pas rattrapés par leurs angoisses : les nationalismes européens, le contrôle exercé par les magnats de la droite dure, ou d’autres peurs plus universelles – l’abandon, la mort. Hélas, ces éclairs de lucidité se noient dans une ribambelle de boutades qui ressassent les allusions salaces dans une marmite de poncifs. En forçant sur la farce et le sarcasme, la pièce perd en nuances et peine à sortir ces « hommes blancs de plus de quarante ans » du piège de leur propre caricature. À l’arrivée, et ce malgré la fougue et le charisme indéniables de ses interprètes, Les Gaulois surnage dans un délire testostéroné qui peine à transcender les archétypes que le trio entend explorer.
Les Gaulois de Marion Aubert, Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan, a été présenté les 11 et 12 mai au Tandem, Arras
⇢ du 29 au 31 mai dans le cadre du Printemps des Comédiens au Domaine d’O, Montpellier
⇢ les 30 septembre et 1er octobre au Théâtre des Îlets, Montluçon
⇢ du 7 au 15 octobre au Théâtre Garonne, Toulouse
⇢ les 4 et 5 novembre au Théâtre du Pays de Morlaix
⇢ du 18 au 20 novembre au Lieu Unique, Nantes
⇢ du 3 au 20 décembre aux Bouffes du Nord, Paris
⇢ les 12 et 13 janvier 2027 à la Maison de la Culture de Bourges
⇢ les 2 et 3 février 2027 à la MC2, Grenoble
⇢ du 17 au 20 février 2027 au Théâtre national de Nice
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