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Debout devant à un morceau de viande bovine, ornée de pièces argentées, une femme murmure. Avec délicatesse, elle coud un fil rouge dans la chair. Pièce de boucher ou ouvrage de joaillerie : la confusion est délibérée. Le public s’invite dans l’espace. Au sol, du lait renversé et des céramiques traditionnelles. Sur un écran, deux hommes transportent une dépouille charnue accrochée à un bâton. Peu à peu, la performeuse lève les bras, paumes de mains et coudes vers l’extérieur puis entame un chant en kinyarwanda. Arpentant l’espace, son geste se fait rituel. Sa procession se poursuit hors scène dans une autre salle de la Ménagerie de verre, suivie du public.

 

On raconte au Rwanda, qu’Umunyana est un esprit qui apparaît sous forme de petite vache, apportant chance et longévité, ou trépas. C’est à partir de cette ambivalence que Cedric Mizero tisse une installation performative qui se voit être une recherche perpétuelle de retour à lui-même, comme une guérison. Il cherche à se souvenir à travers la danse, le chant et la musique, d’un monde où la vénération des vaches était vécue physiquement. Cette quête transcende la chorégraphie par un vocabulaire chorégraphique figuratif : des ports de bras dessinent les cornes des vaches, ainsi que des jeux de poids et de contrepoids dont les sonorités renvoient au pas lourd des bêtes. C’est dans l’enfance que Cedric Mizero se confronte à ce rapport paradoxal aux vaches, perçues comme sacrées, pourtant abattues et mangées. C’est une fracture philosophique pour le chorégraphe. Il invoque cette réminiscence sur le plateau et cherche par la chorégraphie à en faire un souvenir partagé avec le spectateur. 

 

Après un second solo qui rejoue la vénération et invoque les entités invisibles, deux autres interprètes surgissent. Tous les quatre reliés par ce même fil rouge du début cousu sur l’animal sacré, ils chantent ensemble, un chœur aux sonorités envoûtantes. À l’écran, un homme allongé se confie à un autre : il tente de tracer sa frontière entre bétail et animal sacré, entre vénération et violence de l’abattage. Hasard du live : c’est à ce moment précis que la pluie tombe sur Paris. Au-delà d’une performance physique remarquable, le corps devient instrument, percussion. Talons frappés et demi-pointes : la danse croise le lourd et le léger, les corps s’abandonnent, essoufflés, transportés dans une transe qui soulève le buste. Son essoufflement appelle l’empathie, un sentiment qui semble gagner soudainement l’assistance. Une fois terminée, la performance nous laisse hantés par des sentiments troubles : un tiraillement entre esprit divin et violence, et une méditation à l’heure de la consommation industrielle de viande et du scandale des abattoirs. 

 


Umunyana de Cedric Mizero a été présenté du 23 au 25 octobre dans le cadre du Festival d'Automne à la Ménagerie de verre, Paris


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