CHARGEMENT...

spinner

« La guerre est aux portes de l’Europe », disait-on quand la puissance poutinienne s’est emparé de la Crimée. « La guerre nous concerne tous », entend-on depuis 2022, alors que le conflit entre Kyiv et Moscou ne tarit jamais. Elina Kulikova est metteuse en scène et féministe ; Dima Efremov, plasticien et musicien. Comme bien d’autres, ils ont fui une Russie devenue ouvertement hostile aux artistes, aux queers et à toute contestation. Depuis la France, le duo a imaginé une Trilogie de la guerre musicale et performative, dont Un Champ brûlé est le premier volet. Sur scène, Dima Efremov, crâne rasé et queue de pie, joue du piano. Elina Kulikova, expression de cantatrice et robe en mousseline, chante des scènes de romans russes des XIXe et XXe siècles, non surtitrés ni traduits. Derrière eux, un écran fait défiler leurs témoignages personnels en français. Un texte qui dit la complexité du rapport qu’entretiennent les deux artistes avec leur culture d’origine, son impérialisme et son romantisme, sa grandeur et sa violence, et le discours étatique actuel qui s’est emparé de tout cela. D’une simplicité limpide, le dispositif interroge : comment créer en situation d’exil et rester libre quand on hérite d’une culture impérialiste ? Et surtout : que vaut l’art face à l’horreur et à la mort ? 

 

L’efficacité de la proposition, simple sans être sage, a de quoi enthousiasmer. Un Champ brûlé bouscule une culture russe muséifiée et exportée partout dans le monde pour servir un discours de puissance. Ponctués d’anecdotes éloquentes, les témoignages révèlent l’ambivalence des Russes envers leur récit national. Certaines images rappellent d’ailleurs notre contexte français et plus largement européen. Elina Kulikova nous raconte par exemple comment, enfant, sa grand-mère la traînait dans les concours de chant traditionnel alors qu’elle ne manifestait aucun talent à cet endroit. Était-ce là du patriotisme ou juste l’appât du gain, chaque inscription étant rémunérée ? Et d’ailleurs : aime-t-on vraiment sa patrie quand on baigne dans la propagande d’État ? 

 

Malgré ces fulgurances et une mise en scène léchée, le spectacle souffre de redondances et d’un texte froid, à la syntaxe fragile, dommageable pour un show qui repose narrativement sur la projection de ce texte. Enfin, en dépit de la sincérité des artistes, quelque chose grince, en 2026, lorsque des artistes russes montrent patte blanche sur une scène européenne en déroulant un discours somme toute attendu. Un Champ brûlé aurait gagné à se nuancer par endroits. Naturellement, pas à un niveau géopolitique – l’invasion russe est ignoble, rien à dire là-dessus –, mais peut-être du côté du vécu de ces exilés, nécessairement tiraillés entre des forces contraires. Voilà sans doute une raison d’aller voir les volets suivants de cette trilogie, qui, on l’espère, bousculent davantage nos projections occidentales.  

 



Trilogie de la guerre – Un Champ brûlé de Elina Kulikova & Dima Efremov a été présenté du 3 au 5 juin au Centre Culturel Suisse, Paris

 

⇢ du 24 septembre au 2 octobre dans le cadre du Festival d’Automne au Théâtre Paris-Villette

⇢ du 3 au 7 novembre à la Comédie de Genève (Suisse)

⇢ du 17 au 21 novembre au Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse)

Lire aussi

    Chargement...