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On prend les mêmes et on recommence. Voilà bientôt trois ans qu’Amala Dianor embrase les scènes européennes avec DUB, fête endiablée dans laquelle se rencontraient onze prodiges des danses urbaines. Underflow poursuit l’exaltation collective, réunissant les mêmes interprètes dans une version resserrée et sans fioritures. Loin de la redite, cette nouvelle pièce explore la cohésion de ce groupe fraîchement reconstitué et les possibilités quelle déploie. Elle pose aussi une question cruciale : celle de la durée. Que se passe-t-il lorsqu’on a le temps de se laisser évoluer ensemble, sans effacer les individualités ? 


Entre hip hop, electronica et soul, le mix du musicien Awir Léon, campé en fond de scène, contraste avec les volutes néo-baroques du Volkstheater de Vienne où le show donne sa première. Sur un plateau nu, les interprètes discutent, échangent ou se mettent au défi, comme iels le feraient dans une soirée club. La danse se déploie avec une fluidité et une force étincelantes : waacking, krump, pantsula, coupé-décalé, breakdance, hip hop, électro ou encore dancehall, les personnalités et les styles s’affirment, portés par l’harmonie collective. Sous son apparente simplicité, la partition est pourtant exigeante, trouvant l’équilibre entre codes des danses de rue, phrases écrites et espaces d’improvisation. Ici, pas de fusion mais des styles qui se traduisent et se réinventent d’un corps à l’autre. Les gestes sensuels du voguing prennent une intensité nouvelle dans les bras du krumper Germain Zambi, tandis que Sangram Mukhopadhyay mêle postures traditionnelles du khatak indien et hyperféminité du waacking. Solos, duos et ensembles se font et se défont sous le regard bienveillant du groupe, dans un ballet où les places et les rôles s’échangent brouillant la frontière entre artistes et spectateurs. Et ça marche : le plaisir de bouger se transmet au public, d’abord timide, qui finira en standing ovation. 


« Comment être soi sans se fermer à l’autre ? Et comment s’ouvrir à l’autre sans se perdre soi-même ? », interrogeait le penseur Édouard Glissant. À l’heure où nombre de performances reposent sur l’effet fédérateur des unissons et les intensités constantes, proposer un spectacle exaltant la rencontre, la pluralité et l’altérité n’a rien d’anodin. Sans en avoir l’air, Dianor prend le contrecoup des formes unifiées et réussit à orchestrer un espace où l’écoute engendre la transformation mutuelle. Et c’est peut-être là toute la force d’Underflow : ne pas hésiter à enfoncer les portes ouvertes pour mieux chercher le lieu commun, celui où une expression du monde en rencontre une autre – et d’autres encore. 



Underflow d’Amala Dianor a été présenté les 6 et 8 août dans le cadre du festival ImPulsTanz au Volkstheater, Vienne (Autriche)


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