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Dis-moi qui sont tes pop stars, je te dirai combien ta société va mal. On pourrait ainsi résumer la méthode W. David Marx. Le critique américain, basé à Tokyo, tente l’impossible dans son dernier ouvrage : synthétiser la pop culture occidentale – musique, tech, mèmes, mode, politique et plus encore – de ces vingt-cinq dernières années. Son biais est assumé : l’auteur vient des États-Unis. Mais dans une société mondialisée et encore dominée par le lifestyle de l’Oncle Sam, chacun saura se retrouver dans les grandes tendances que le critique distingue tout au long de sa rétrospective. Blank Space (2025) prend la forme d’une étourdissante visite guidée en fast forward dans un musée – subjectif et lacunaire – du XXIe siècle naissant. Tout part du 11 septembre 2001, puis vient l’ère Obama, et enfin la dystopie trumpiste dans laquelle le monde patauge désormais. Pendant ce temps, le rock cède son trône au rap, Lady Gaga, Justin Bieber et Paris Hilton deviennent des icônes, « Gangnam Style » initie le monde à la K-pop, l’iPhone transforme nos cerveaux et Taylor Swift domine la planète avec sa pop normcore. Mais alors, où est le problème ? Pour W. David Marx, la culture n’avance plus. En cause, un désintérêt croissant pour l’innovation et le risque, un manque de circulation entre underground et mainstream, et une gauche culturelle qui cède tout au marché au nom de la démocratie. Malgré cela, pas question de dire que « c’était mieux avant ». La solution ? Rétablir la créativité et le goût comme des biens communs dans un paysage culturel où il est devenu « plus facile d’imaginer la fin du monde que celle de Taylor Swift ». Promis : les Swifties peuvent rester dans la salle.


Un entretien extrait du numéro 130 de Mouvement



La dégradation de notre paysage culturel a été encouragée, selon vous, par le « poptimisme » : une classe culturelle qui loue aveuglément tout ce qui est populaire par souci d’inclusivité. Cette tendance s’est diffusée dans la société. D’où part ce phénomène ?

 

À l’origine, d’une très bonne intention : celle de donner une chance à la pop. Jusque dans les années 2000, l’ancienne garde de la critique musicale snobait tout ce qui n’était pas « alternatif » et, de fait, laissait de côté les stars les plus populaires. Une nouvelle génération est arrivée, plus inclusive, qui a voulu se démarquer des « puristes indie punks ». Ce sont des gens éduqués, qui ont lu Bourdieu, et ont ouvert le champ de

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