CHARGEMENT...

spinner

Le théâtre de Sylvain Creuzevault nous avait habitués à une promesse ambiguë de grand soir. Des paroles jusqu’à la saturation. L’idéal porté à démesure. Le verbe trop haut pour la chair. Les idées trahies par les corps : dis-moi « révolution », je sortirai ma bite. Parle-moi de Dieu, je te répondrai avec un pet. De pièces en pièces, le metteur en scène de 43 ans remonte l’histoire à rebrousse-poil : Robespierre dans Notre terreur, Marx dans Le Capital et son singe, Dostoïevski qui regarde, en visionnaire, « par-delà le socialisme athée » dans Les Frères Karamazov. Le théâtre de Creuzevault dessine sa propre généalogie communiste, une « histoire à soi » des vaincus. Dernièrement, avec L’esthétique de la résistance et Edelweiss, France Fasciste, il s’est joué du récit officiel de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le voilà qui accoste dans l’Italie des années 1960 et 1970. En s’emparant de Pétrole de Pier Paolo Pasolini, il porte encore au plateau une œuvre impossible. Pourquoi ? L’homme est peu disert sur cette question : « Parce que j’en ai le goût. » Dans une enfilade de notes, l’auteur dresse le portrait d’une société prise en étau entre les pressions du Vatican et les désirs d’émancipation, entre tradition et consommation. En toile de fond, un pouvoir corrompu, des relents coloniaux, l’action directe des Brigades rouges et le vrai terrorisme : celui de l’État. Au centre, un homme partagé entre ses aspirations à la réussite et ses désirs interlopes, la petite musique lancinante du refus de parvenir. De ce roman inachevé – le poète italien meurt avant sa publication dans des circonstances troubles – Sylvain Creuzevault tire sa pièce la plus désespérée. L’intensité est devenue fébrilité, les corps s’absentent, le rire abîme les dents.

Vos précédents spectacles étaient intenses : vous parliez de « théâtre cardiaque ». Ce n’est plus le cas avec Pétrole.


Ah. C’est chiant, c’est ça ? (rires). Pétrole est une suite de notes, il n’y a pas d’intensité, pas d’action, pas de dialogues. Pas de situation. Aucun des éléments de la dramaturgie classique. Il a fallu les inventer. J’ai toujours imaginé que le style de Dostoïevski était lié à ses crises d’épilepsie et que la théorie de la crise de Marx venait de sa furonculose : des pustules lui poussaient au derrière, partout. Dans Pétrole, la névrose du narrateur Carlo Valletti se traduit par une suspension. On pourrait alors imaginer que cette narration par notes qui s’élancent, s’arrêtent en brisant l’effet, est une longue relation sexuelle qui passerait son temps à différer sa conclusion. Le personnage le fait tout le temps : il se branle, remet son truc dans sa poche, puis se branle à nouveau.

 


L’intensité de vos pr&ea

LA SUITE EST RÉSERVÉE AUX ABONNÉ.ES

+ CONNECTEZ-VOUS

Lire aussi

    Chargement...