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Un intérieur classe-moyenne à échelle 1, des acteurs postés sur des sièges à l’avant-scène dès l’ouverture, une caméra sur pied déjà braquée vers le centre du plateau : tous les ingrédients signature du théâtre de Milo Rau sont réunis. Dans une démarche théâtrale qui déborde le processus de création, le metteur en scène et son équipe de comédien.ne.s ont suivi en Belgique les dernières semaines de Johanna, décidée à recourir à la fin de vie assistée. Sans voyeurisme ni penchant pour le gore, la scène du théâtre se transforme en terrain de reconstitution où se déroule sous nos yeux le spectacle extraordinaire d’une existence qui s’éteint.


Dans le confort de son logement, un homme d’âge avancé vit, le plus simplement. Dans une construction fleuve, délicate et pudique, les acteurs d’abord en avant-scène opèrent des jeux d’aller-retour entre intérieur reconstitué et hors-décor, entre interprétation des membres fictionnels d’une constellation familiale et énonciation en leurs noms propres. Au milieu des trois murs de l’artefact domestique, l’écrasante banalité du quotidien se déroule en temps réel. Johan Leysen, dans le rôle du patriarche au crépuscule, concentre l’attention, qu’il somnole devant la télévision ou requiert l’aide du cadet pour une toilette au gant dans la salle d’eau.



Compagnons de route


Vite réduit à un corps affaibli dans le paysage englobant de la scène, l’homme retrouve toute la considération et la capacité de sujet sous l'œil de la caméra. En qualité d’acteur et non plus de personnage, il nous livre le témoignage brut de sa première rencontre avec la mort. Face à la salle directement, où le plus souvent par la médiation attentive du zoom filmique, chacun des acteurs opère ainsi à la suite et tout en douceur des allers-retours entre fiction et monologues personnels. Contre l’extrême sobriété de l’adresse, l’accompagnement musical joué en live par la contrebassiste Clémence Clarysse titille la corde sensible et appelle collectivement à l'introspection mémorielle.


Pleine métaphore de l’existence, Grief & Beauty avance inéluctablement vers la fin programmée. Comme une présence mystique, lumineuse et tranquille, le visage de Johanna filmé en plan rapproché surplombe la salle d’un regard protecteur. Le matériau est authentique, les acteurs se chargent de nous le faire savoir, et cette seule information impose l’attention la plus vive. De simples spectateurs, l’assemblée passe au rang de témoins. Dans la fiction comme dans l’archive, la scène devient l’écrin de la plus pure expression de vie. Annoncé dès l’ouverture, le départ bien réel de Johanna, en abyme de celui qui se déroule sous nos yeux, plane dans les silences et la fausse éternité des gestes les plus communs. Et lorsqu’il advient sur l’écran, sobre, tendre et implicite, c’est enfin avec tout l’égard que l’humain se doit à lui-même.

 

> Grief & Beauty de Milo Rau, les 28 et 29 octobre au NTGent, Gand, Belgique ; du 19 janvier au 5 février 2023 au Théâtre de La Colline, Paris