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Un accident de voiture médiatique relance le débat sur la peine de mort, des jeux olympiques d’hiver se préparent en plein désert et notre gouvernement force l’allongement des durées de cotisation. Dans ce kamoulox quotidien, où la crise du sens n’épargne pas même les esprits les plus structurés, la jeune metteure en scène Lisaboa Houbrechts remet la foi à l’ordre du jour. Spirituel plus que religieux, Pépé Chat ; ou comment Dieu a disparu passe à l’examen les causes de rupture entre l’Église et la société européenne, réaffirmant la distinction entre croyance et institution.


Pépé Chat, patriarche taiseux et taciturne, végète de longues heures durant devant son petit écran, quand il ne pousse pas une gueulante contre les matous qui pissent partout. Mémé Chat, elle, a le silence pesant de ceux qui ont trop attendu pour vider leur sac. Entre les deux, une petite tête blonde qui aimerait bien comprendre ce qui motive la haine de l’un et la fidélité de l’autre envers l'Église. À force de questions, le vieil homme raconte. Depuis ce petit salon domestique, représenté en avant-scène par une simple estrade en bois, le plateau s’ouvre sur un espace immense structuré en son centre par un édifice cubique plongé dans l’obscurité, écran de projection pour exorciser les traumatismes.

 


Course poursuite entre enfants de chœur en culotte courte, dérapages de prêtres libidineux à l’abri des regards, brassards nazis dans les rangs du catéchisme, blasphème sur fond de pogo rock : dans une tension socratique, ces visions d’atrocité frictionnent avec les extraits de la Passion selon saint Jean de Jean-Sébastien Bach. Mais par-delà la critique de l’institution religieuse, dont les tableaux proposés s’appuient sur des dérives déjà largement commentées, Pépé Chat trouve son originalité dans la mise en question du pardon, fondement de la chrétienté. 


Si les scènes collectives, léchées mais statiques, regorgent d’archétypes théâtraux sur l’enfance, quelques précieuses scènes proches du théâtre musical opèrent en fulgurances. On y retrouve Pépé Chat, abusé abuseur, victime devenue bourreau, puis Mémé Chat, poussée dans ses retranchements lorsqu’on la somme de répondre des abus qu’elle a pardonné au lieu de les dénoncer. Dans la masse de problématiques et d’époques condensées en moins de deux heures, c’est en pointant la contradiction apparente entre éthique du pardon et transmission du trauma que Lisaboa Houbrechts bouscule nos perspectives sur un sujet si vaste et quelque peu miné.



Pépé Chat ; ou comment Dieu a disparu de Lisaboa Houbrechts 

du 30 mai au 2 juin au Théâtre de la Ville, Paris, dans le cadre du temps fort Place à l'Europe