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Sur le papier, le Cameroun devient en 1960 la première colonie africaine à obtenir son indépendance. Dans les faits, officiers et “conseillers” français continuent à garder la mainmise sur la gestion politique du pays. Depuis cette autonomie déclarée en grande pompe jusqu’au divorce fantasmé d’avec la France, le chorégraphe et performeur Zora Snake signe une pièce nerveuse où les corps marquent l’oppression autant que la résistance. Alpagués aux abords de la salle par un danseur de funk survolté et son grand drapeau blanc, les spectateurs des Rencontres à l’Échelle venus assister à Shadow survivors avaient de quoi oublier l’avertissement contenu dans le titre même du spectacle. Mais à peine installés dans la boîte noire marseillaise, un fouet sec claque la fin des festivités. À l’avant de la grande scène vide, encadrée seulement de grands pans de wax suspendus en colonnes, le chauffeur de salle s’est changé en bourreau implacable.

 

Dans la mise à mort d’un homme noir projeté au sol par des soldats invisibles, dans l’épuisement névrotique d’une horde de bureaucrates à cols blancs, dans les jeux lascifs de mallettes et de gros billets, l’argent, le pouvoir et la distinction raciale se lisent sans difficulté. À coup de suif, la résistance populaire tient ses rangs. À coup de craie, une mascotte de coq ridicule corrompt les milices, sème la mort et maintient les intérêts de l’occupant. Pour autant, le quatuor Shadow survivors parle bien le langage du corps et non la langue froide des livres d’Histoire. Tenue de bout en bout par les beats impatients de percussions ou de rythmes hip-hop, la pièce de Zora Snake emprunte autant aux danses traditionnelles qu’au krump ou au break pour relier en quelques soixante minutes autant d’années d’occupation française, de corruption, mais aussi de résistance, d’opposition et de contestation de l’ordre dominant.

 

Dans la force comme dans la chute, avec une rage flamboyante, la pièce opère en rébus, semant discrètement les indices d’une histoire proprement camerounaise. Dès l’ouverture, le fou du fouet avait livré la clé : « 1958 », date à laquelle Ruben Um Nyobè, alors leader de la lutte pour l’indépendance effective et immédiate, avait été assassiné dans la forêt où il s’était retranché. Quasi-inconnu en France, celui que l’on a surnommé Mpodol – “le porte-parole” en bassa, langue et peuple bantou du Cameroun – a fait l’objet d’une admiration constante dans le pays, alors même que la seule mention de son existence y était punie par la loi jusqu’en 1990. Dans un labyrinthe de références symboliques guidé par les pulsations de mouvements sanguins, le parcours codé de Shadow survivors bâtit un pont solide entre l’histoire mondiale et nationale, entre les connaisseurs et les novices. La rage enivrante incarnée par les quatre danseurs régénère le courage et l’envie de combler les ignorances sur ces “fantômes-Mpodol” : héritiers contemporains du leader disparu et figures inspirantes pour toutes les luttes qui restent à mener.

 

> Shadow survivors de Zora Snake a été présenté le 18 juin à la Friche Belle de Mai, Marseille, dans le cadre des Rencontres à l’échelle ; le 28 juin aux Ateliers Frappaz, Villeurbanne