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Sur la scène du Schauspielhaus de Vienne, plongés dans une lumière enveloppante, tantôt jaune, tantôt rouge, Djibril Sall et Sointu Pere, vêtus sobrement d’ensembles blancs, se livrent à des ondulations douces – exécutant des gestes de concert, des marches, puis des mouvements de house dance. Invité d’Impulstanz, le festival viennois qui fait rayonner la danse contemporaine depuis près de 40 ans, Djibril Sall – chorégraphe basé entre New York et Berlin, originaire de Dakar – conçoit cet evening.haiku comme un espace de self care, méditatif, qui modifie légèrement notre état de conscience. Un cocon rassurant, doux et sûr, qui lui permet de dépasser des traumas liés aux discriminations racistes et homophobes. Les Brésiliens David Pontes et Wallace Ferreira créent eux aussi leur bulle hypnotique avec Repertorio N.2, qu’ils habitent de manière plus dynamique. Sur un plateau d’un blanc presque agressif, situé dans le sous-sol du musée d’art contemporain Mumok, les performeurs entièrement nus évoluent dans l’espace en frappant les pieds sur le sol, les jambes écartées, les corps bien plantés dans le sol. Leurs semelles résonnent, et ces sons rythmiques constituent la seule musique de cette courte pièce. Leur chorégraphie ambigüe, à l’air martial, nous emporte alors par la répétition implacable des mêmes gestes, ponctués de poses sexy, un poil humoristique, comme sorties d’Instagram. Une proposition qui résonne avec celle de Djibril Sall, où le lien solidaire entre les interprètes suffit à remplir le plateau.



Le débridé TANZ. Eine sylphidische Träumerei in Stunts de la chorégraphe autrichienne subversive Florentina Holzinger se révèle tout aussi hypnotique. Mais préfère, à la douceur, le cash du burlesque et de l’extravagance. Comme l’indique le titre, la danseuse y réinterprète le ballet romantique La Sylphide de Filippo Taglioni du XIXe siècle – avec onze interprètes, dont elle-même – à coups de cascades : danseuses pointes aux pieds qui chevauchent des motos suspendues au plafond, acrobate suspendue par la peau du dos qui tournoie dans les airs ou sorcière qui s’envole, balais entre les jambes. Pendant deux heures, intense marathon, ce ballet furieux prend tour à tour des allures de cours de danse classique, de cabaret déjanté, de film d’horreur ou encore de coulisses de film d’action. Les danseuses de cette pièce 100% féminine, qui sont presque tout le temps nues, parfois recouvertes de faux sang, mettent à mal l’image de la ballerine éthérée, créature évanescente et sensuelle, destinée à la jouissance du regard masculin bourgeois, qui s’incarne dans le personnage de la Sylphide. Grâce à cette pièce sexuelle, violente, qui va à l’encontre de toute bienséance, Florentina Holzinger crée un univers symbolique délirant en miroir du ballet romantique, qui répond à ses abus, sa violence envers les corps, son objectification et sa sexualisation. Une expérience intense, qui témoigne d’un féminisme provoquant et sans concession.


Au tour du chanteur bulgare Ivo Dimchev de malmener son public. Dans l’ego trip délirant In Hell with Jesus d’une comédie musicale à petit budget, le chanteur – au look qui combine l’aura de la chanteuse américaine Anohni, le style James Franco dans le film Spring Breakers et la moustache du comte Dracula – est assis sur une chaise à côté d’un canapé blanc entouré de deux plantes d’intérieur. Il a pour mission de recevoir tour à tour les acteurs et actrices qui auditionnent pour sa future pièce. Les candidats chantent des titres drôles et obscènes, qu’il a lui-même écrit et composées à l’instar de : « Put your clit up in the sky » (dirige ton clitoris vers le ciel) ou « I think you better know that I’m a Christian whore » (je pense que tu devrais savoir que je suis une pute chrétienne). Mais les entretiens ne s’arrêtent pas à ces chants scandés sur des airs sibyllins au synthétiseur. Dans ce talent show étrange, l’hôte pose également des questions embarrassantes et comiques, soi-disant destinées à savoir si les candidats conviennent aux différents rôles de la pièce. Scrutés par Ivo Dimchev, l’air lubrique, les candidats répondent à une myriade de dilemmes absurdes : « Grosse bite ou bon sens de l’humour ? », « Coucher avec Poutine ou le Dalaï-Lama ? », « Au paradis avec Trump ou en enfer avec Jésus ? ». In Hell with Jesus, pièce provocatrice qui échappe à toute catégorisation, devient l’écrin où Ivo Dimchev met en scène ses désirs, n’hésitant pas à lâcher : « I need more gays in the crowd. » (j’ai besoin de plus de gays dans le public). Ce show, qui ne laisse aucun espace à l’ennui, se conclut par une danse proche de la macarena, accompagnée des paroles « cum in the mouth, cum in the ass » (jouir dans la bouche, jouir dans le cul), qui viennent clore brillamment ce moment de folie. Queer, féministe, décoloniale et volontiers subversive, cette nouvelle édition d’Impulstanz continue de creuser une ligne hétéroclite, à la fois sensuelle et extravagante, délicate et humoristique, qui parvient à faire vaciller les lignes de la danse contemporaine.



> Le festival Impulstanz a eu lieu du 6 juillet au 6 août à Vienne


Crédits : 

1. Repertorio N.2 de Djibril Sall et Sointu Pere © Yako One

2. et 3. TANZ de Florentina Holzinger © Nada Žgank / City of Women

4. In Hell with Jesus de Ivo Dimchev © Krasimir Stoichkov