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Scènes
Attention : « le jour de colère » va s’abattre sur l’Opéra de Nancy-Lorraine et c’est César Vayssié qui en sera le chef d’orchestre. Le Dies Iræ, déchaînement de furie lyrique abondamment repris dans la pop culture, est l’un des thèmes phares de la Messa da Requiem de Giuseppe Verdi, dont l’artiste s’est vu confier l’adaptation. Metteur en scène et vidéaste, sa trajectoire est pourtant aux antipodes de la tradition opératique : ses projets hybrides entre scène et film captent des corps à la marge et sa caméra est plébiscitée par la danse contemporaine, Boris Charmatz en tête. Dans sa relecture de cette œuvre liturgique, l’Apocalypse, c’est ici et maintenant, et avec une barre de pole dance géante au plateau. Entretien avec un outsider de l’opéra.
Un frère et une sœur refusent de grandir et embarquent deux amis dans leur fusion incestueuse et destructrice. De ce récit dérangé signé Jean Cocteau et mis en musique par Philip Glass, deux jeunes prodiges de la scène lyrique, les Allemands Lisa Moro et Matthias Piro, tirent un opéra juvénile et déluré.
Une guerre larvée, un mariage de convenance, un serial lover et un sacrifice : il s’en passe en Bretagne dans cet opéra d’Édouard Lalo datant de 1888. Un croustillant livret dont s’empare Olivier Py dans une production percutante qui porte sa patte de part en part et sert généreusement sa distribution vocale.
Du fantastique, du tragique, de l’action : il y a de tout ça dans l’excentrique opéra de Leoš Janáček. Pour porter au plateau le destin d’une héroïne immortelle, le metteur en scène hongrois Kornél Mundruczó opte pour une mise en scène timide mais une distribution vocale grandiose.
Au bord d’une rivière, une mère erre à la recherche de son fils disparu. De l’autre côté de la rive, des habitants rendent hommage à un jeune homme noyé un an auparavant. C’est lors d’un voyage au Japon, alors qu’il assiste pour la première fois à une pièce de théâtre nô, que Benjamin Britten découvre cette histoire. De retour en Europe, le compositeur britannique s’inspire du mythe pour l’écriture de Curlew River en 1964. À l’Opéra de Nancy-Lorraine, la metteuse en scène italienne Silvia Costa s’empare de ce livret, qu’elle augmente d’un prologue signé par le compositeur serbe Marko Nikodijević. Une interprétation à la fois minimaliste et féministe de la pièce, qui interroge les origines du gaslighting dont les femmes ont toujours fait l’objet, et replace leurs émotions au cœur de la scène.
Des musiciens en camouflage, des aiguilles géantes, un Christ en croix, Marie se damnant de douleur : oui, Romeo Castellucci a encore frappé. Cette fois-ci dans une cathédrale helvétique et sur un livret baroque/atonal croisant les répertoires des compositeurs italiens Jean-Baptiste Pergolèse et Giacinto Scelsi. Et ce soir-là, la liturgie avait quelque chose à vous dire.
Les arts lyriques peuvent-ils porter la lutte ouvrière ? S’inspirant de faits réels déjà transposés à l’écran et à la scène, la metteuse en scène Pauline Bayle s’y essaye avec une grande maîtrise dans 7 minutes, réunion syndicale sur une réduction de temps pause. Seulement : représenter l’injustice suffit-il toujours ?
Le personnage de Pouchkine serait-il un archétype de la masculinité toxique ? Son piètre destin est magnifié par la mise en scène équilibrée de Julien Chavaz dans l’adaptation finement stylisée qu’il en donne à l’Opéra de Lorraine.
Tiré d’un épisode biblique sur le sacrifice d’un amour fraternel, l’opéra David et Jonathas mute en fresque vigoureuse sur les forces destructrices du pouvoir. C’est l’exploit, en toute décontraction, du metteur en scène Jean Bellorini et de l’auteur Wilfried N’Sondé à l’Opéra de Lille.