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Scènes
Pour la metteuse en scène Maëlle Dequiedt, le grand soir viendra à grand renfort de chant lyrique et de musique improvisée. C’est du moins l’espoir que nourrit Democracy Project, réjouissante mise en forme musico-théâtrale de la pensée de l’Américain David Graeber, artisan du mouvement Occupy Wall Street.
Qui de mieux que trois oiseaux de foire pour tirer au clair une affaire qui a secoué Israël en 2020 – le meurtre d’un palestinien autiste par un membre des forces de l’ordre israéliennes ? Dans Au nom du ciel, Yuval Rozman passe par la dérision – et l’ornithologie – pour ouvrir un dialogue épineux sans prétendre à la réparation. Un petit tour de force à dos de volatile.
Le théâtre de Sylvain Creuzevault nous avait habitués à une promesse ambiguë de grand soir. Des paroles jusqu’à la saturation. L’idéal porté à démesure. Le verbe trop haut pour la chair. Les idées trahies par les corps : dis-moi « révolution », je sortirai ma bite. Parle-moi de Dieu, je te répondrai avec un pet. De pièces en pièces, le metteur en scène de 43 ans remonte l’histoire à rebrousse-poil : Robespierre dans Notre terreur, Marx dans Le Capital et son singe, Dostoïevski qui regarde, en visionnaire, « par-delà le socialisme athée » dans Les Frères Karamazov. Le théâtre de Creuzevault dessine sa propre généalogie communiste, une « histoire à soi » des vaincus. Dernièrement, avec L’esthétique de la résistance et Edelweiss, France Fasciste, il s’est joué du récit officiel de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le voilà qui accoste dans l’Italie des années 1960 et 1970. En s’emparant de Pétrole de Pier Paolo Pasolini, il porte encore au plateau une œuvre impossible. Pourquoi ? L’homme est peu disert sur cette question : « Parce que j’en ai le goût. » Dans une enfilade de notes, l’auteur dresse le portrait d’une société prise en étau entre les pressions du Vatican et les désirs d’émancipation, entre tradition et consommation. En toile de fond, un pouvoir corrompu, des relents coloniaux, l’action directe des Brigades rouges et le vrai terrorisme : celui de l’État. Au centre, un homme partagé entre ses aspirations à la réussite et ses désirs interlopes, la petite musique lancinante du refus de parvenir. De ce roman inachevé – le poète italien meurt avant sa publication dans des circonstances troubles – Sylvain Creuzevault tire sa pièce la plus désespérée. L’intensité est devenue fébrilité, les corps s’absentent, le rire abîme les dents.
Que vaut un vêtement hors de son contexte ? Essayez donc d’aller à une réunion pro en pyjama, les réactions devraient être gratinées. Bérangère Vantusso pose la question avec Faire le Beau, sa nouvelle création. À l’aide d’une tonne de tissu, de cinq comédiens et d'une musicienne, la metteuse en scène explore la portée politique du vêtement.
Dix-huit ans après sa pièce culte L’effet de Serge, le metteur en scène Philippe Quesne rouvre l’appartement mythique de son anti-héros. Dans Le paradoxe de John, le logement est devenu une galerie d’art et une troupe d’artistes y expérimente la fine frontière entre vacuité et geste poétique. Une méditation sur la valeur de l’art et les fragiles convictions de ceux qui en fabriquent.
Le metteur en scène Sylvain Creuzevault et sa troupe plongent dans les méandres du pouvoir et du capital avec Pétrole. L’œuvre monumentale inachevée de Pier Paolo Pasolini explore les zones les plus sombres du désir et de la corruption, sur fond d’Italie des années 1970. Mouvement vous emmène en coulisses de la création du spectacle à Bonlieu Scène nationale Annecy.
En fond de scène, quatre portants chargés de costumes bariolés. Côté cour, une cuvette de WC. Pour sa nouvelle création, Kaori Ito a fait le choix de l'épure. Il y a pourtant là plus qu’un décor pour ses huit interprètes, mais un podium sur lequel échouent leurs illusions. Une parabole sur l'obsession de la réussite qui gangrène la société japonaise.
Un artiste qui explore ses origines le fait-il au risque d’exotiser sa propre culture ? Dans ce solo bricolo, le metteur en scène Jonathan Capdevielle et le comédien Dimitri Doré pénètrent cette zone trouble, entre récit d’adoption et reconstitution du folklore balte.
Dans un univers aseptisé, sept individus se heurtent aux mécanismes qui broient langue et idée. Un air de science-fiction plane-t-il sur le bien nommé Monde nouveau, allégorie millimétrée signée Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, ou est-ce déjà notre présent ?